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La fraise de Monsieur Frézier

De façon très littérale, on peut dire de Monsieur Frézier qu’il a ramené sa fraise.

La fraise des bois

La fraise des boisLe fruit, tel que nous le connaissons, bien rouge et bien charnu, n’a pas toujours été ainsi.
Au départ, dans nos contrées, la fraise est surtout celle des bois. Ce qui est paradoxal puisque de nos jours nous cultivons nos fraises en plein soleil ou sous serres pour profiter de la chaleur. Aujourd’hui, on peut cultiver certaines fraises toute l’année, ceci grâce à des cultivars hybrides dits insensibles à la photopériode. C’est-à-dire que les temps de nuit et de jour n’ont aucune incidence sur son rythme biologique de floraison. Ce plant donne sa première fleur deux semaines après être planté. Et il donnera des fleurs sans cesse pendant les douze mois de l’année. Son fruit se développe de façon optimale entre 14 et 18° de jour comme de nuit.

Un médicament

la fraise antiqueMais revenons à la fraise des bois. Pendant l’Antiquité, les Romains l’utilisaient pour son parfum. Le nom scientifique de la fraise Fraga qui vient du latin fragro se traduit par sentir bon. Le mot fragrance possède la même origine. Le Romains l’utilisent surtout pour parfumer les produits cosmétiques aux vertus adoucissantes pour la peau.
Pendant le Moyen-Âge, la fraise des bois est cultivée et récoltée pour son usage médicinal. Toutes les parties de la plante sont répertoriées comme telles. Les décoctions de racines et de feuilles, par exemple, étaient employées pour les maladies du foie, la dysenterie, les inflammations de la bouche et plusieurs autres indications thérapeutiques. Karl von Linné, naturaliste du Siècle des Lumières, fait état de sa guérison de la goutte grâce au fraisier. On reconnait actuellement à la fraise une teneur en souffre bénéfique pour les problèmes hépato-biliaires.

De la fraise au Frézier …

Voyage de Frézier…Il y a plus qu’un pas, il y a un océan.
Jacques Cartier, à la fin du XVIè siècle, rapporte des terres d’Amérique du Nord, des plants de fraises. Ils sont intéressants car résistants au froid, à la chaleur, à la sécheresse et ils se cultivent dans des sols de différentes natures. Bref, ce fraisier de Virginie est totalement adaptable. Les fruits sont particulièrement parfumés. En Eutrope, sa culture est surtout adoptée en Angleterre.
Quelques décennies, plus trad, en 1715, un français, officier de marine, rapporte du Chili cinq plants de fraises dont les fruits sont particulièrement gros, les blanches du Chili. Malheureusement, il leur manquait le plan femelle. Vers 1740, des plants de blanches du Chili croisent spontanément avec des fraisiers de Virginie poussant à côté d’eux. Le miracle se produit, une espèce hybride voit le jour. Et ce croisement possède des propriétés inespérées. Les fruits sont gros comme les blanches du Chili, savoureux comme les fraises de Virginie et cerise ananas sur le gâteau … de fraises, leur parfum rappelle celui de l’ananas. Elle est baptisée « Fragaria ×ananassa Duch ».
Ce mariage aura une descendance incroyable puisqu’elle est à l’origine de la plupart des cultivars de nos jardins et de la culture de fraises de nos territoires.

François-Amédée Frézier

La fraise blanche du ChiliFrezier porte donc bien son nom, quelle aubaine il a eu avec un nom si prédestiné.
Pour tout dire, c’est la seconde fois que son nom est rattaché à celui de la fraise. En effet, Frézier est une déformation du nom fraisier. Au Xè siècle, un de ses ancêtres sert un plat de fraises des bois au roi Charles le Simple. On ne sait pourquoi mais ce plat lui vaut d’être anobli par le roi qui lui donne le nom de Fraise. Sept siècles plus tard, notre Frézier national est rattrapé par la fraise au gré de sa carrière militaire, de ses voyages en Amériques, de son goût pour la botanique et de bien d’autres aspects de sa vie qui nous échappent sûrement.
Dans les années 40, François-Amédée Frézier est employé à la direction des travaux du port de Brest. C’est probablement à ce moment que la fraise arrive au bout de notre péninsule armoricaine.

Lampe Frezier
Lampe à poser Amédée-François Frézier

Dans notre atelier de luminaires, nous avons rendu un hommage à cet homme, breton d’adoption. Nous lui avons dédié une lampe à poser imaginée dans un égouttoir à fraises. L’aubaine de trouver par deux fois cet ustensile, assez rare, en tôle émaillée, fut inspirante. Avec une mise en œuvre très simple et très efficace.

La fraise du Finistère

la fraise comme un cadeauPlougastel-Daoulas est l’emblème incontestable de la fraise en Bretagne. La culture de la blanche du Chili a vite cédé la place au « Fraisier Ananas » puis encore à d’autres espèces au gré des modes et de la demande. La culture d’espèces diverses permet d’étaler les récoltes et de fournir le marché sur une plus longue période. Au XIXè siècle, les bateaux au départ de la rade de Brest acheminent le fameux fruit rouge jusqu’en Angleterre. Le chemin de fer arrivé en 1865 fera voyager des fraises de Plougastel pour Paris et de là vers la Belgique.
On pense à tort que la culture de ce fruit nécessite un climat avec une certaine chaleur. Mais c’est plutôt la douceur qui donne au fraisier tout son potentiel de production. En cela, le département du Finistère est idéal. On parle même d’une action du Gulf Stream particulièrement favorable pour cette pointe de terre s’avançant dans la rade de Brest. Les hivers doux conjugués aux cultures entourées de murs de pierres les protégeant du vent et restituant la chaleur stockée dans la journée plaisent aux fraisiers de pleine terre.
De la seconde moitié du XVIIIè siècle à la moitié du XXè, la culture de la fraise de Plougastel est de plus en plus importante, jusqu’à atteindre 6000 tonnes produites à l’année. En 1940, la superficie des terrains destinés à la fraise concerne un quart des terres cultivées sur cette commune. Après la guerre, la fraise de Plougastel connait un déclin avec une production qui n’excède pas aujourd’hui les 900 tonnes.

Le goût de la fraise

Dans les parfums préférés, il y a la vanille, le chocolat et….la fraise. La fraise se répand partout où elle se sait appréciée, voire attendue.

La glace à la fraise, les bonbons à la fraise, le milk-shake à la fraise, la confiture de fraise, la Paille d’Or à la fraise, le sirop de fraise, les liqueurs de fraises, le coulis de fraises, les fraises à la crème, la tarte aux fraises, le smoothie de fraises, le crumble aux fraises, le sorbet à la fraise, les fraises au sucre, une mousse à la fraise…

Le fraisier des plaisirs

Le fraisier est le gâteau le plus emblématique de la pâtisserie réalisée avec des fraises. Dès que l’on prononce ce nom, on voit le blanc de la crème, le rouge rosé de la fraise, le biscuit de Savoie mousseux, la beauté et le savoir-faire de la préparation. On voit le printemps, la famille réunie, les nappes blanches, les bulles dans les coupes de Champagne. Puis on voit son assiette à dessert remplie d’une part généreuse et gourmande que l’on va savourer comme un plaisir unique. Chaque cuillère aura sa saveur, plus en fraises ou plus en crème.

Le fraisier comme gâteau de mariage, c’est cette sculpture incroyable inspirée des pièces montées de Marc-Antoine Carême conjuguées à l’art du pastillage chez les confiseurs du Siècle des Lumières. Un véritable gâteau de cérémonie que l’on doit au renouveau du printemps quand les fêtes de famille se déploient dans un joyeux banquet.

Le saviez-vous ?

  • plants de fraisesLa fraise est un des fruits les moins caloriques, à peine 30 Kcal pour 100 grammes, autant que la pastèque, deux fois moins que le litchis ou la mangue.
  • On dénombre plus de 600 variétés de fraises
  • La fraise n’est pas un fruit
  • La fraise constitue l’un des desserts préférés en France
  • La variété Gento peut produire des fraises qui atteignent 50 grammes

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Les lumières de l’Histoire

Les lumières de la table

Il est impossible de savoir si la première femme ou le premier homme ont vu l’intérêt du foyer comme une source d’éclairage, une façon de chauffer, de cuire sa nourriture ou encore d’écarter les prédateurs. Probablement les trois. Ils ne savaient pas qu’ils entraient dans Les lumières.

La grotte illuminée

Les lumières de la torcheLes lumières et les luminaires à disposition des artistes des grottes ornées démontrent que des lampes, statiques ou non, étaient disposées et aménagées en fonction des usages. Dans les grottes ornées du Paléolithique supérieur, on les retrouve sur les parcours ainsi que dans les zones ornées. Au vu de leur très faible nombre et de leur capacité d’éclairage très réduit, les scientifiques penchent pour un usage limité des lampes mais celui beaucoup plus répandu des foyers et des torches. Leur capacité d’éclairage est supérieure et peut suivre l’artiste. Dans son usage, la torche se distingue nettement du foyer car elle sert exclusivement à l’éclairage.
Les combustibles sont généralement la graisse pour les lampes, les os pour les foyers et la résine pour les torches. Leur présence était complémentaire les unes des autres. D’une part dans leur mobilité et d’autre part dans leur emploi. Par exemple, un petit foyer peut être mobile, il peut éclairer et servir aussi à rallumer les autres luminaires.
Concernant les lumières dans les grottes ornées, comme Chauvet, elles montrent des mouchages de torches. Les torches sont toujours faites de bois résineux réputé pour leur grande charge en résine. On connaît depuis l’Antiquité la réputation des bois gras. Il s’agit de torches réalisées dans les parties de l’arbre particulièrement chargées en résine. Souvent on choisi de laisser les souches dans le sol après abattage, cela les concentre en résine. D’autres bois gras sont fabriqués par un écorçage spécifique et régulier qui force les fibres à se charger en résine. Cet écorçage fait mourir l’arbre qui  est fortement constitué de bois gras. Le bois gras est tellement concentré en terpènes qu’il s’enflamme même mouillé.

Les lumières de la graisse

Les lumières de la flammeLes lampes à graisse sont désignées par un ustensile présentant soit une cuvette soit un fond assez plat et dont la forme permet d’y placer le combustible en contact avec une mèche alimentée par capillarité. Si la graisse s’écoule vers la mèche, on dit que la lampe est ouverte. Si le combustible est retenu par des bords et présente une forme de godet, on la dit fermée. Il existe des lampes avec un creusement très minime, voire plat, on parle alors de plaquette et non de godet.
Aux périodes les plus anciennes, les lampes à graisse sont réalisées dans des roches qui présentent naturellement une aspérité. Les améliorations ont conduit les hommes du paléolithique supérieur à produire eux-mêmes les formes et les lumières qui les intéressaient. Avec une cuvette plus ou moins creuse pour permettre une ouverture ou non, avec un manche plus ou moins prononcé, avec une rigole d’écoulement de taille différente ou pas.
Le combustible est toujours issu de la graisse animale y compris celle des os spongieux et de la moelle. De récentes expérimentations ont montré l’intérêt des foyers alimentés par les os d’animaux, ils durent très longtemps. Les mèches des lampes sont d’origine végétale dont les mousses, les brindilles, les champignons.
Actuellement, on dénombre en France quelque 300 lampes d’origine préhistorique. Elles sont majoritairement en grès. Seulement 10% sont pourvues d’un manche.
Parmi les contraintes les plus notables pour gérer les lumières dans les grottes profondes, il faut imaginer que la lampe à graisse doit toujours être surveillée pour s’assurer que la mèche est toujours en contact avec le combustible et pour recharger le godet en graisse.

De l’huile pour ma lampe

Les lumières de l'huilePendant l’Antiquité, les lampes apparaissent beaucoup plus sophistiquées. Elles ne sont plus taillées ou aménagées dans du grès mais façonnées en terre cuite. Elles prennent alors la forme d’un récipient totalement fermé avec deux trous aménagés, l’un pour le remplissage, l’autre est placé sur le bec pour le passage de la mèche. Cette opportunité de fermer le récipient s’est imposée car ce n’est plus tant de la graisse que l’on brûle mais de l’huile.
L’ âge du bronze avait déjà livré des lampes enfermant le combustible semblables à de petites bouteilles. Des archéologues avaient pensé qu’il pouvait s’agir de gourdes ou de biberons.

Les lampes de l’Antiquité en terre cuite suivent souvent la même forme. Elles sont rondes, plutôt plates, ne dépassent pas 10 centimètres de diamètre et sont souvent décorées. Par exemple, à Rome le décor peut être fait de gladiateurs. A Délos, des lampes possédaient un décor géométrique ou végétal, parfois figuratif. Le trou de remplissage a un renflement pour ne pas perdre d’huile. Le décor est organisé autour de ce renflement, ce sont des pétales, des stries, des petites bosses, des feuilles et quelquefois des reproductions de masques comiques ou représentations mythologiques comme des taureaux ou des lions.
Au vu du volume de combustible et de la taille de la mèche, on considère qu’une lampe à huile fournit une lumière pendant deux heures et demie. La flamme n’est pas très grande et correspond à celle d’une bougie.

Une lampe pour chacun, les lumières de l’Antiquité

Lampe à huileAu-delà de la forme la plus répandue, étant passés du tournage au moulage, les potiers de l’Antiquité ont fourni des lampes avec une grande variété de formes : des aménagements pour la préhension, un panneau vertical pour la réflexion. Parfois sur les grands réservoirs, il peut y avoir deux ou trois becs.
La période hellénistique marque un tournant dans la production des lampes à huile. D’un part, le tournage cède définitivement la place au moulage, d’autre part, la technique du moulage propulse sa fabrication dans une ère industrielle qui est portée par une demande très croissante. Au fur et à mesure, les populations quittent les campagnes pour les villes où les habitudes ne sont plus forcément calées sur la course du soleil.

Les lampes à huile, en terre cuite ou en métal, vont avoir une pérennité de plusieurs siècles.
Elles sont un accessoire indispensable de la vie des gens de qualité. Pour lire, prendre part à un jeu de société, participer à un salon avec Madame du Deffand, éclairer toute pièce de vie ou lieu de passage.
L’objet technique qu’est une lampe à huile en métal va recevoir de très beaux décors et pourra ainsi être placée bien en vue dans les plus belles pièces de la maison.
Cependant l’inconvénient majeur de la lampe à huile se trouve dans la viscosité du combustible. La mèche ne tient pas toujours allumée. A partir de 1780, le système s’améliore. Le réservoir est placé de côté et plus haut que la mèche, cela force la capillarité pour mieux alimenter la mèche. D’autre part la mèche n’est plus plate mais cylindrique, ce qui induit une meilleure combustion.

Au clair de la lune

les lumières de la chandelleParallèlement, les chandelles vont connaître une utilisation plus discrète pour l’histoire. Elle se consume et disparaît.
Les temps anciens ont produit des chandelles. C’est facile, on enroule une mèche faite de brindilles ou de fibre végétale avec de la graisse, de la cire ou tout mélange combustible solide. La première contrainte est que le combustible ne doit pas fondre avant de brûler, la seconde contrainte réside dans l’obligation de la placer dans un porte-chandelle voire un chandelier.
La fragilité de la flamme de la chandelle qui est assez petite nous pousse à croire qu’il s’agissait surtout d’apporter les lumières à l’intérieur.
Dans son œuvre, L’homme qui rit, Victor Hugo décrit la chandelle comme un moyen de peu pour donner le maximum « Il fait nuit ; une main pose une chandelle, vil suif devenu étoile, au bord d’une ouverture dans les ténèbres ».
Les chandelles sont une part importante du budget d’un foyer modeste au siècle des Lumières.
Au siècle suivant, la chandelle fait un bond en avant, elle devient bougie. En 1825, les composants graisseux comme le suif sont remplacés par l’acide stéarique. La bougie est d’une belle blancheur et sa combustion est sans odeur et sans fumée. La bourgeoisie va tout de suite adopter la bougie qui est un signe incontestable de confort et de progrès. C’est l’accessoire indispensable de toutes celles et ceux qui lisent des livres et écrivent des lettres.

La si blanche bougie

BougieLes bougies ne font pas concurrence à la lampe. Le prix d’une lampe et son entretien peuvent être un frein à son achat pour certains foyers qui restent fidèles à la bougie. Les suspensions portant bougies sont très présentes dans les intérieurs bourgeois du XIXè siècle. L’usage et le statut de l’usager d’une lampe ou d’une bougie sont indifférents au lieu qu’elles éclairent et qui elles éclairent. Dans cet ensemble complexe, l’une et l’autre sont complémentaires au sein d’une même maison. Le décor des candélabres et des suspensions font le lien entre les lumières et les conditions de vie des habitants.

La lampe à pétrole

lampes à pétroleLa lampe à pétrole est imaginée sur le modèle de la lampe à huile. Elle apparaît vers 1853. Son principe est simple, un réservoir surmonté d’une mèche et d’un tube de verre qui protège la flamme. Le pétrole lampant possède une fluidité parfaite pour remonter avec aisance par la mèche sur une dizaine de centimètres. Cette fluidité rend la flamme plastique. C’est-à-dire que l’on peut facilement régler son intensité pour augmenter ou abaisser la lumière. L’immense avantage de la lampe à pétrole sur toutes les autres sources de lumières artificielles est son prix de revient. Un modèle sera adapté pour en faire une lampe tempête, celle qu’on a toujours un grand plaisir à allumer lors des soirées dehors.

Un dîner aux chandelles

ChandelierAujourd’hui, on aime encore s’éclairer à la flamme. On place des bougies sur la table des fêtes de fin d’année, on installe de grandes torches dans le jardin et la lampe tempête reste dans l’idéal de la soirée sur la plage et du campement en toile de tente. Nos imaginaires sont nourris de ce temps pas si lointain où les zones rurales après-guerre n’étaient pas toutes raccordées à l’électricité. Cette nostalgie de la soirée autour du feu de cheminée ne doit pas nous faire oublier que pour ceux qui travaillaient la terre et s’occupaient des bêtes, l’arrivée de l’électricité a été un énorme progrès et un nette amélioration de leurs conditions de travail.

Quelques lectures sur les lumièresLectures

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L’eau depuis des siècles et des siècles

L'oiseau dans la fontaine

 

L’existence d’un point d’eau aménagé en puits ou en fontaine est le signe, parfois discret mais avéré, d’une activité humaine, pour qui l’eau est essentielle.

L’eau ! C’est la vie

L'eau entre mousse et caillouxParfois le point d’eau marque un simple lieu de ravitaillement ou un site attaché à des pratiques religieuses ou mystiques. Les cultes liés à la présence de l’eau puisent leurs origines dans les tréfonds des cultes païens.
Convaincus de n’avoir pas toujours de prise sur les épreuves de la vie, les femmes et les hommes ont voulu s’en remettre à l’au-delà pour infléchir les épreuves de la vie et prier les dieux d’un ancien monde, toucher l’eau pour toucher l’au-delà. Les éléments comme le feu et l’eau ont très souvent pris part à l’exercice des cultes en tout point du globe. Les Celtes étaient particulièrement attirés par les croyances rattachées à l’eau.
Les nymphes s’y baignent, les fées s’y mirent…

A la claire fontaine

L'oiseau dans l'eau de la fontaineIl existe un lien très fort entre l’eau et la féminité, la fécondité. Les fontaines, pense-t-on, guérissent et soulagent les peines du monde, la maladie, l’infertilité, la déveine, les aléas climatiques, l’infortune. L’eau adoucit la vie, comble les manques. Des guérisons et des prodiges, croit-on, surviennent par la consommation de l’eau, l’aspersion ou encore l’imprégnation d’un linge.
Les origines de l’eau bénite des chrétiens se confondent sous l’Antiquité avec les pratiques religieuses du bassin méditerranéen. L’Iliade et L’odyssée racontent les ablutions de Pénélope et Télémaque avant la dévotion à Pallas. Les prêtres de l’Egypte ancienne procédaient aussi à des ablutions plusieurs fois par jour et plusieurs fois par nuit. De manière générale, les cultes de toute période considèrent que l’eau est purificatrice.

L’eau, départ de la source

L'eau de sourceLa source, c’est le point de sortie de l’eau. C’est le point de contact naturel entre la nappe phréatique et l’air libre. On ne sait pourquoi elle sort là, ni d’où elle vient. Elle peut être très fraîche ou brulante. Ce qui la caractérise c’est qu’il s’agit d’une eau propre et potable dans la très grande majorité des cas. Les mystères surviennent quand l’eau apporte des bienfaits, quand elle guérit et apaise. Les minéraux sont la cause de ces guérisons mais nul ne le sait.
Car parfois, il est fait un lien entre un évènement et l’eau de la source. Dans la communauté, l’une a eu un enfant, l’autre a recouvré la vue, un autre encore a vu sa brebis reprendre vie. Ce qui rend la source « miraculeuse », ce ne sont pas les tentatives de guérisons, mais juste les « guérisons » et seulement les guérisons. Le taux de réussite peut être de un pour un million, cela rend quand même la source miraculeuse.
Si on fait des liens de causes à effet entre des phénomènes qui n’ont rien à voir entre eux et que l’on considère qu’une seule guérison rend une source miraculeuse, on comprend très vite que toutes les sources, ou presque, ont un pouvoir de guérison ou sont miraculeuses. Avant l’ère chrétienne, de nombreux cultes se sont ainsi répandus. Ce sont les cultes païens.

Fontaine à boire, fontaine à croire

L'eau de fontaine en sous-boisLa source n’est pas seulement le lieu simple et naturel où sourd l’eau, elle devient le lieu surnaturel à qui l’on doit une reconnaissance et un aménagement. C’est par cet aménagement que la source devient une fontaine. D’une part, le site est repérable, d’autre part son abord est aménagé pour éviter les boues, cela permet un accès et un puisage plus aisés.
Cependant, les cultes paganistes associés aux fontaines n’ont pas arrangé tout le monde. Dès le début de son histoire et pendant plusieurs siècles, l’Eglise chrétienne tente de faire cesser ces pratiques pour lesquelles on pouvait risquer l’excommunication.
Au cours du Xè siècle, voyant que les croyances populaires se perpétuaient sans discontinu, des évêques ont eu recours à la christianisation de ces lieux. C‘est pourquoi les fontaines se retrouvent souvent sous le vocable d’un saint ou de la Vierge.
Toutefois, la christianisation des fontaines et des sources n’a pas forcément fait disparaître les croyances anciennes. Notamment parce que l’aubaine de garder les malheurs à distance étaient trop forte. La dévotion à une source guérisseuse fait son chemin au gré des « guérisons » et les offrandes se poursuivent malgré tout. Les ex-voto chrétiens sont très certainement une autre récupération de la religion du Christ pour tenter le détournement de ce phénomène de l’oblation.
Evidemment, beaucoup de sources aménagées en fontaines sont aussi et avant tout le lieu du ravitaillement en eau. Il convient alors de voir le site comme point de départ d’une installation humaine devenant un hameau et un village.

Un puits vaut mieux que fontaine tu n’auras

L'eau au fond du puits maçonnéContrairement à la fontaine, le puits impose un travail de creusement jusqu’à la nappe phréatique afin de permettre son puisage. Les sources sont un produit de la nature, comme elles ne sont pas assez nombreuses, les femmes et les hommes ont découvert qu’en creusant la terre et la roche, on parvenait à trouver l’eau. L’eau potable indispensable à la survie d’une communauté.
Pour le creusement, la plupart du temps, la maçonnerie des parois internes survient une fois que le puits est totalement creusé. Dans nos campagnes et nos villages, le creusement d’un puits est un travail très technique qui requiert toujours l’intervention d’un spécialiste. Il faut éviter à tout prix l’éboulement car il met en péril le puisatier et le succès d’avoir un puits. Le puisatier peut avoir à son service des manœuvres avec lesquels il a l’habitude de travailler mais il peut aussi avoir recours à la population du hameau pour dégager les matériaux et ramener sur le chantier les pierres de maçonnerie.

Un beau puits de village

L'eau du puits du villageUn nombre considérable de formes de puits sont visibles partout. L’édification de la structure externe du puits suit les principes de l’architecture vernaculaire du territoire en question. Et de la même façon, le puits d’un village ou d’un hameau peut chercher à envoyer les signes caractéristiques de l’appartenance à sa société et à ses valeurs. C’est pour cette raison que certains puits possèdent une superstructure très développée avec des décors portés très impressionnants.
On est souvent frappé par le petit nombre de puits en regard des logis présents autour du point d’eau. L’usage de l’eau est principalement un usage alimentaire pour les humains et pour les animaux ainsi que l’arrosage du courtil. L’usage sanitaire est totalement à la marge. On considère moins le lavage des corps que celui du linge. Il existe plus de lavoirs et d’étuves que de baignoires. Autrement dit, on peut changer de chemise pour paraître propre sans avoir besoin de se laver la peau. A part les mains et quelque fois le visage, pourquoi le corps a-t-il besoin d’être lavé à l’eau alors qu’il est constamment protégé par les tissus du vêtement ? Chez les plus riches, on se rafraichit en changeant d’habits.

Se laver, quelle idée ?

L'eau de la fontaineL’eau comporte un paradoxe. D’une part elle a suscité, et suscite encore de nos jours, des croyances populaires qui la rattache à des miracles en rapport direct avec des soucis de santé, d’autre part, l’histoire de l’eau a connu des périodes où il est totalement déconseillé de l’utiliser pour se laver, se nettoyer, se baigner. Sa laver avec de l’eau, c’était courir le risque d’avoir la cataracte, le visage qui s’aplatît, des maux de dents, des introductions de miasmes via les pores de la peau, des corps lâches maladifs qui diminuent la vie, la mort des fœtus… Le XVIIè siècle a été particulièrement sévère avec les usages hygiéniques de l’eau. Martin Lister, médecin naturaliste anglais écrit lors d’un voyage à Paris en 1698, « Une bonne chemise de toile changée tous les jours vaut, à mon avis, le bain quotidien des Romains. »

L’eau des Lumières

L'eau des LumièresAu Siècle des Lumières, l’eau revêt un aspect plus rassurant. Paris voit s’édifier de nombreuses fontaines pour alimenter la capitale en eau potable mais leur nombre reste insuffisant. Des aménagements sont également construits pour puiser l’eau de la Seine. Le métier de porteur d’eau permet d’acheminer l’eau puisée jusqu’au lieu de son usage.
Il est évident que selon nos critères, les cours d’eau ne produisent pas une eau potable.
Au Siècle des Lumières, il en va autrement. Les eaux captées dans les nappes ne sont pas accessibles à tous. Dans les villes, on capte les cours d’eau. On pensait que l’eau courante était suffisamment brassée pour être propre à la consommation. Cela vaut surtout si on compare cette eau avec les eaux stagnantes qui ont très mauvaise réputation XVIIIè siècle. Ces lieux provoquent le rejet depuis très longtemps. Columelle, un agronome romain du Ier siècle décrit ces lieux dans un ouvrage sur l’agriculture :

L'eau stagnante des marais« Les marais développent pendant les chaleurs de l’été des vapeurs nuisibles, et engendrent des insectes armés d’aiguillons, et dont les essaims nombreux assaillent l’homme. Les marais fourmillent encore de serpents et d’autres reptiles qui, privés de l’humidité de l’hiver, sortent de cette fange, mise en fermentation par les ardeurs du soleil. Tout cela occasionne souvent des maladies dont les causes sont tellement cachées que les médecins eux-mêmes ne peuvent pas toujours les découvrir. Il règne, en outre, dans ces contrées une sorte de remugle et une humidité qui ronge les instruments de culture, pourrit les meubles, et gâte les fruits serrés dans les greniers aussi bien que ceux qui sont laissés à découvert ».

Cette mauvaise réputation des eaux stagnantes vaut donc à l’eau de rivière d’être très bonne.
Avant le XVIIIè siècle, Paris compte quelques fontaines en nombre vraiment très insuffisant. Paradoxalement, il n’y coule pas forcément une eau en provenance de la nappe. Pour plusieurs d’entre elles, il s’agit d’un réservoir en amont qui est alimenté par l’eau de la Seine. Au XIIIè siècle, on peut en compter trois, ce nombre monte à 16 au XVè siècle. Cependant le nombre d’habitants croit plus vite que le débit à disposition. Pour les Parisiens, l’eau est difficile d’accès, chère et donc précieuse.
Au XIX siècle, la captation des cours d’eau revêt un caractère sanitaire grâce aux travaux scientifiques qui ont mis en évidence que certaines eaux pouvaient être chargées en substances nuisibles pour la santé. On commence à faire une différence entre l’eau pour un usage alimentaire et les autres eaux. L’eau potable sera puisée en des lieux prévis ou la pollution est moindre. Des systèmes de filtres avec des pouzzolanes et des sables font leur apparition.

Eau et gaz à tous les étages

LL'eau courantee XX siècle a voulu tenir la promesse d’un accès à l’eau courante pour tous. On considère que c’est chose faite depuis les années 80. « Pour tous », il faut entendre presque tous. Dans nos vies, nous pouvons chacun être témoin de certaines habitations qui n’ont été raccordées que bien après les années 80. C’est d’autant plus vrai que dans certaines zones rurales de la France, l’approvisionnement en eau potable est assuré par la source et le réservoir de rétention d’eau qui ne sont pas toujours situés au-dessus de l’habitation.

Pour aller boire à la source

L'eau au robinetGustave Fulgence, « Fontaines de Paris », Confins [En ligne], 40 | 2019, mis en ligne le 17 mai 2019, consulté le 18 mars 2021
Les usages de l’eau au cours de l’histoire, par Lydie Devulder
Un article sur l’assèchement des marais, Les marais, espaces convoités, par Raphaël Morera
L’invention de l’eau moderne et ses imaginaires renouvelés, par George Vigarello

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Le Siècle des confiseurs

confiserie chocolat
 
 

Au XVIIIè siècle, le sucre est une denrée exotique, précieuse et très chère. Elle provient essentiellement de la culture de la canne à sucre.

De la pharmacie à la confiserie, il n’y a pas qu’un pas

Dans la famille des métiers qui travaillent le sucre, nous allons préférer les confiseurs. A la période qui nous intéresse, le confiseur est la personne qui prépare également des confiseries en saumure. CertainsPastille pharmacie et confiserie

végétaux sont conservés dans le sel et le vinaigre, typiquement le cornichon. Et pourtant, le Siècle des Lumières est aussi le siècle des confiseurs, ceux qui travaillent le sucre, produisent les friandises, les bons, les sucreries, les confiseries, les douceurs, les gourmandises, les gâteries.

Mais revenons au rayon des sucreries. La présence du sucre tel que nous le connaissons ne s’est généralisée sur les tables qu’au XIXè siècle. Auparavant et depuis de nombreux siècles, l’usage du sucre et sa vente étaient l’affaire des apothicaires. Le sucre était une matière première principalement autorisée dans les préparations médicinales. Il existait, par exemple, beaucoup d’enrobages d’extraits de plantes réputés pour la gorge. La réglisse avait une place de choix dans la pharmacopée des mondes anciens, elle est connue pour traiter les problèmes cardio-vasculaires, elle augmente le tension artérielle, elle est aussi anti-inflammatoire. Ses propriétés sont si importantes que les bonbons à la réglisse doivent être consommés avec beaucoup de modération et de vigilance à partir d’un certain âge. La réglisse est arrivée dans la confiserie par le chemin des apothicaires. Les confiseries du Languedoc s’en ont fait une spécialité.

A l’époque moderne, le XVIIIè est véritablement le siècle des confiseurs. L’exploitation de la canne à sucre dans les territoires colonisés avait fait entrer massivement le sucre dans des préparations culinaires mais seulement pour les plus riches. Ce n’est qu’avec la culture de la betterave sucrière, au XIXè siècle, que le sucre s’est popularisé.

Le siècle des confiseurs à Paris

confiserie chocolatAu Siècle des Lumières, les préparations à base de sucre sont multiples et les boutiques de confiserie ont pignon sur rue depuis le siècle précédent. A cette époque, les préparations sucrées sont considérées comme un bien de luxe, au même titre que les bijoux, les métaux précieux ou les porcelaines.

L’attrait pour la confiserie tout au long du siècle des Lumières a été renforcé par la mise en place d’une stratégie marketing assez moderne. Cette stratégie détermine que l’emplacement géographique idéal pour une confiserie se situe précisément là où vit le cœur de la cible, c’est-à-dire là où vivent les plus fortunés.Le siècl des confiseurs est surtout situé dans la très ancienne rue des Lombardss. Au XVIIIè siècle, il s’y côtoie tous les commerces de luxe dont le quart des confiseurs parisiens.

Un renouvellement des « collections » entraine des annonces publicitaires, des boutiques particulièrement décorées et des enseignes qui débordent largement. Toute visibilité contribue à la démarche mercantile de ce commerce de luxe. La vitrine accueille des ustensiles de fabrication pour démontrer la qualité du savoir-faire de l’artisan. Le confiseur ne vend pas des confiseries… il vend un savoir-faire et surtout il vend l’univers des gens de qualité qui consomment des confiseries.
Le confiseur tient un commerce de bouche particulier qui utilise les codes, non pas des commerces de nourriture, mais ceux des denrées non essentiels et des produits de luxe à un haut niveau mercatique. Dans Le provincial, un périodique vendu à Paris, imprimé en 1787, le « touriste » est invité à visiter la rue des Lombards, Toutes les boutiques, à l’envi l’une de l’autre, exposent en étalage pendant le premier janvier de l’an toutes sortes d’ouvrages en sucre d’un goût et d’une élégance exquise.

Artisans confiseurs ou plutôt artistes confiseurs ?

friandises pour le siècle des confiseriesLes productions et l’imagination des confiseurs atteignent un haut degré de maîtrise de la sculpture en sucre. En 1776, un écrivain culinaire, Menon, dans la préface de son ouvrage La science du maître d’hôtel confiseur, à l’usage des officiers , avec des observations sur la connaissance et les propriétés des fruits… suite du Maître d’hôtel cuisinier. Nouvelle édition, revue & corrigée, compare les ornements en sucre à la production des figurines de porcelaine produite en Saxe. Cette comparaison est particulièrement évocatrice de la considération et du respect dû au confiseur. En 1710, à Meissen, près de Dresde, sont lancées les premières productions de porcelaine en Europe. Cette porcelaine est très vite l’équivalence de la porcelaine de Chine. Les figurines de Saxe sont d’une extrême finesse et poussent loin le souci du détail. Cette porcelaine reproduit les thèmes très en vogue comme les chinoiseries. Dans cet ouvrage, Menon utilise à dessein la comparaison entre personnages façonnés en porcelaine et sculptures en sucre. Il s’adresse précisément à la clientèle dont il connaît la fascination pour la porcelaine de Saxe, parfois même une addiction.

Dans son ouvrage, Tablettes royales de renommée ou de correspondance et d’indication générales des principales fabriques, manufactures et maisons de commerce, d’épicerie-droguerie, vins, liqueurs, eaux-de-vie et comestibles de Paris et autres villes du royaume et des pays étrangers…, Mathurin Roze de Chantoiseau énumère des boutiques, au chapitre Epiciers – confiseurs, on lit qu’un Lenoir, rue des Lombards, est confiseur ordinaire du Roi, qu’un Debèze, rue Saint-Antoine, est Confiseur de Monsieur, un Duval, rue des Lombards, porte l’enseigne Au Grand Monarque, est Confiseur du Roi et des menus-plaisirs de Monsieur, tient un des plus fameux magasins, et des mieux assortis en tout genre. Cet article est avantageusement connu, par la prise de Grenade, le blocus de Gibraltar, par mer & par terre, le passage du Roi à Falaise, pour se rendre à Cherbourg, le scène du Maréchal des logis, l’entrée de l’Empereur de la Chine dans la ville de Pékin, & nombre d’autres sujets pour fêtes publiques, & particulières, qu’il exécute en sucre, & rend à jour nommé, de la manière la plus prompte & la plus satisfaisante ; il fait des envois en province & chez l’étranger.

Le siècle des confiseurs Au Grand Monarque

le siècle des confiseurs par d'AlembertA l’instar de notre fréquentation des  boulangeries pour acheter une viennoiserie, au XVIIIè siècle, on entre dans une confiserie pour une consommation immédiate, ou à court terme, de spécialités aux fruits confits ou d’inspiration exotiques. Mais le marché visé par le texte de la rubrique réservée à la confiserie de Monsieur Duval, Au Grand Monarque, rue des Lombard, est tout autre. Il semblerait même que le texte ait pu être fourni par l’artisan lui-même. L’énumération des compositions sont à la gloire du monarque de France. Cet artisan entend ici faire reposer le succès de ses affaires sur les succès politiques de l’homme à la tête de l’Etat par les grandes pièces prestigieuses que la clientèle saura reconnaitre rapidement. Le Grand Monarque sait répondre aux exigences les plus folles de la haute noblesse et des grands bourgeois de la place de Paris. Duval se différencie par le sens artistique qu’il donne à son métier et par son admiration réelle ou supposée des grands de ce monde. Sa façon d’utiliser le sucre s’appelle le pastillage. Il s’agit de travailler un mélange de sucre glace, de vinaigre, d’amidon et de gomme adragante produite à partir d’une vingtaine des plantes. Le mélange gélifié permet des sculptures fines et complexes, il a un pouvoir collant très fort, stable à la chaleur et à l’humidité. Et bien sûr, les sculptures et les décors réalisés en pastillage sont comestibles. La boutique, rue des Lombards, offre également un choix infini de bonbons pour la consommation immédiate.

Un produit de luxe

boutique de confiseursLes confiseurs sont référencés dans les guides touristiques et dans leurs annonces publicitaires, ils s’adressent clairement aux voyageurs, ils font mention de confiseries qui « se portent en voyages ». Les boutiques alimentaires des quartiers chics ne sont représentées que par les confiseries, les pâtisseries et les épiceries de renom. Dans ces quartiers, on voit apparaitre la pratique du grignotage au sortir de la boutique, expérience tout à fait nouvelle.

La confiserie est un commerce de luxe à la réputation européenne. A Paris, les dépenses allouées à la confiserie peuvent atteindre des dépenses somptuaires. La concurrence est très rude et au-delà de l’aménagement des boutiques qui représente un très grand investissement, le confiseur se démarque de la concurrence par la mise sur le marché constante de nouveautés. La clientèle aura une attirance à connaître les confiseries nouvellement arrivées sur le marché parisien. Cela donnera l’occasion à son acheteur d’en parler et de montrer à la hauteur des nouvelles valeurs, d’être à la pointe de la mode.

 

Tout connaître et tout savoir en premier, être à la source d’une nouvelle mode, c’est le summum de la reconnaissance au XVIIIè siècle. Il est curieux à ce stade de noter les analogies qui peuvent être faites entre le commerce de luxe du Siècle des Lumières à Paris et ce même commerce à notre époque dans les grandes capitales mondiales. Aujourd’hui les produits convoités sont surtout des objets inter-connectés. Au XVIIIè siècle, la confiserie était une de ces valeurs de reconnaissance universelle.

Pour aller plus loin

 

 

 

 
 
 

 

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L’art de vivre aux temps des Lumières

Rococo
 
 

L’ambiance austère qui régnait à la cour de Versailles pendant les dernières années de vie de Louis XIV, n’a pas convenu à tous les courtisans. Beaucoup ont quitté le palais dont l’étiquette et le poids des protocoles ne leur étaient plus supportables.

Pour vivre hors de la cour, ces nobles font construire des hôtels particuliers dans Paris et des maisons de plaisance à la campagne avec plus de fantaisies dans la forme et dans la manière d’y habiter. Ces maisons portaient le doux nom de vide-bouteille ou maison aux champs.

Le bâtiment correspond à ce nouvel art de vivre et à un nouvel art de bâtir. Beaucoup d’ouvrages ont été édités à cette période pour guider les constructeurs et les propriétaires à faire les meilleurs choix. Tout avait changé, les mœurs, bien sûr et surtout l’habitabilité des lieux de vie.

Les ouvrages insistent sur la nécessité de faire appel à ce que l’on nommerait aujourd’hui un maître d’œuvre. Sa fonction consiste à construire le bâtiment comme un programme avec un parti général et le recrutement de collaborateurs et d’ouvriers qui doivent être particulièrement qualifiés pour répondre aux exigences du programme.

La rocaille, un décor de coquillages de feuilles d’acanthe

Zairon, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons
 
 

De façon très répandue, on remarque la lumière dans les nouveaux décors à la mode, la présence des jaunes, des blancs et des motifs de résilles qui soutiennent des sujets exotiques. Le style rocaille est une forme parfois très exubérante qui puise sa source dans une sorte d’assemblages de roches et de coquillages qui formaient de fausses grottes et ornaient les bassins et les fontaines dans les jardins de Versailles. La décoration intérieure développée sur le thème de la rocaille utilise à loisir le coquillage avec des contours totalement revisités.

Le programme des décors comporte des formes plus légères et des couleurs plus claires qu’au siècle précédent, les lignes sont des courbes moins heurtées.

L’ornement porte en lui la sociologie du lieu, de son propriétaire et des idéaux qui ont présidé à l’édification du bâtiment. Au XVIIIè siècle, les voyageurs, les explorateurs, les intellectuels, les femmes et les hommes de science ont un but commun : renseigner tout ce qui peut l’être. Cela va du dessin à l’article d’encyclopédie. Les décors englobent ce nouvel état d’esprit et ce nouveau rapport au monde. Les voyageurs au long cours ramènent dans leur bagage l’exotisme des « terres inconnues », des civilisations considérées comme singulières serviront pour illustrer des comportements des classes privilégiées. Les singeries en sont un parfait exemple. Les sujets sont souvent déployées grâces à des grotesques qui restent une valeur sûre et dont la légèreté correspond parfaitement à la nouvelle mode.

 

Coquillages et crustacés pour une rocaille du meilleur goût

La coquille et les coquillages en général sont extrêmement recherchés. On range et on classe des coquillages dans des tiroirs et on place des ornements de coquilles un peu partout dans les décors portés.

Concernant l’ornement, la coquille emporte donc la mise. Arrivée avec la Renaissance, on lui trouve une forme en harmonie, une beauté indiscutable. Adaptable, elle se répand pour apporter cette touche de modernité qui place le bâtiment dans un ensemble cohérent où l’ornement sert l’architecture et inversement.

Les lignes sont flexibles, elles ondulent mais leur lisibilité est impérative. Le décor de coquillage est souvent une inspiration très libre de la forme de l’animal marin. On lui prête souvent les attributs de la pieuvre qui s’enroule, se déroule et s’enroule encore autour des miroirs, des pieds de meubles, des encadrements de chinoiseries comme au château de Chantilly. Le décor peint de la Grande Singerie est très emblématique de ce que peut être un décor de rocaille. Les couleurs sont très claires, la résille est dorée. Les scènes représentent des singes qui imitent les humains dans leurs activités. Les panneaux peints sont encadrés par les rocailles ou le coquillage n’est pas toujours fidèle mais plutôt conforme aux enroulements et aux ondulations qui dynamisent tout le décor. C’est précieux et léger à la fois, le côté sérieux et emphatique est totalement évacué.

L’art de vivre dans ces nouveaux décors

La grande distribution

Jusqu’au XVIIè siècle, les organes de distributions sont les escaliers. Pour les escaliers en vis, la distribution est le plus souvent directe, pour les escaliers droits, il existe des paliers plus ou moins développés pour passer de la cage à la pièce de vie. Et les pièces sont dites en enfilade, parfois trois, quatre, cinq pièces se suivent et il faut passer par chacune pour atteindre la chambre qui nous intéresse. Au cours du Grand Siècle, les couloirs commencent à faire leur apparition. C’est-à-dire que dès le rez-de-chaussée, on entre dans un vestibule qui contient l’escalier. Puis il ouvre par une ou plusieurs portes sur les différentes pièces du rez-de-chaussée. La mise en place de vestibules, de couloirs, d’alcôves permet à un espace de se scinder en plusieurs zones, celles qui restent publiques ou communes et celles qui se dérobent à la vue de ceux qui n’ont pas à s’y trouver.

Au XVIIIè siècle, va se généraliser la distribution des pièces par un couloir. On reconnaît des fonctions différentes par pièce, une pour manger, une pour dormir, une pour recevoir, une pour travailler. Il s’opère un basculement des espaces publics/privés en faveur du privé qui fait la part belle à la famille et à l’intimité. Comme de nos jours, les espaces publics sont accessibles directement depuis l’entrée et les espaces les plus privés sont retranchés loin de la vue des visiteurs. La notion de confort s’entend par des pièces de vie plus petites et plus faciles à chauffer ainsi que la prise en compte d’un nouveau principe, l’intimité. D’une manière générale, les espaces se rétrécissent. Pour les bâtiments édifiés aux périodes précédentes, on cloisonne et plafonne à tout va. C’est à la mode, ça démultiplie les pièces de vie, ça les rend plus cosys et faciles à chauffer.

On ne reçoit plus dans sa chambre, on n’y mange plus non plus. On invente la salle à manger, on fixe la table qui n’est plus seulement faite de planches sur des tréteaux, les plateaux s’arrondissent pour plus de convivialité. On crée des lieux pour manger, dormir, discuter, se voir, se laver, passer d’un espace à un autre, travailler, jouer aux cartes, lire.

Louis XV ne pratique plus les repas comme le faisait Louis XIV. Il préfère passer ses soirées dans les pavillons avec ses amis. Ils sont peu, s’amusent beaucoup, boivent beaucoup aussi. Louis XV qui aime cuisiner prépare régulièrement les repas servis dans ces folies.

Et pour la noblesse, passer à table, revêt de moins en moins un statut solennel ; les mœurs tendent plutôt à voir ce moment comme celui pendant lequel se rassemble la famille pour se nourrir d’abord, et ensuite, vivre un moment d’intimité avec parfois des amis ou des membres de la famille.

Intimité

Pendant le Grand siècle, le roi était un personnage public de tout moment, ou presque. S’appartenir à soi n’avait aucun sens. Dès lors qu’on était venu sur terre, on appartenait à Dieu en premier lieu, puis à tous ensuite. Par la charge, le travail à accomplir, le dessein qui était le nôtre, on ne pouvait pas s’échapper de son monde et encore moins de la présence physique de tous ceux qui le composaient. L’intimité n’y avait ni de sens ni de valeur.

L’arrivée du boudoir et du cabinet sont très révélateurs de cette révolution. Ce ne sont ni une chambre à coucher, ni seulement un salon. En fait il s’agit d’un espace de détente, de retrait, où seuls les plus intimes peuvent pénétrer ; et cette nuance prend un certain sens dans une société ou le libertinage est, pour certains, élevé en art de vivre. D’ailleurs le boudoir, symbole de l’intimité, porte jusque dans son nom cette notion d’intimité puisqu’au sens figuré bouder signifie que l’on se met à l’écart.

Jean-Honoré Fragonard, Le Verrou

La peinture de genre s’empare de scènes de la vie quotidienne justement illustrer la vie intimes des bourgeois et de la noblesse. Bien qu’idéalisée, elle montre avant tout ce que sont les inspirations du moment à propos de l’intimité. Dans sa peinture Le Verrou, Fragonard, au-delà d’une probable scène de libertinage, explique que l’acte sexuel est un des moments les plus intimes parmi les intimes au point qu’il ne faut laisser entrer personne, on en interdit l’entrée.

L’intimité comporte deux mouvements, celui de rejeter à l’extérieur certains et d’accepter à l’intérieur d’autres. Par exemple, les odeurs de l’autre ne sont plus tolérées comme avant. On tente aussi de nettoyer mieux son environnement pour moins subir les conséquences de la proximité voire de la promiscuité. Les médecins recommandent enfin d’utiliser de l’eau pour chasser les miasmes.

Au cours de ce siècle, les individus des classes privilégiées changent de paradigme dans leurs rapports avec leurs congénères. On met en place une graduation dans ce qui peut être montré et ce qui reste dans le domaine privé. Mais pour cela, il faut avoir de l’espace et tous n’en ont pas. Dans ne nouveau rapport à l’autre il y a autant de nuances que la disposition matériel le permet. Et quand bien même, on aurait le volume pour s’étaler dans son logis, l’architecture rurale nous montre qu’il n’en ait rien.

 

 

Pour aller plus loin

  • Comment vivait-on au XVIIIè siècle ?   lire ici
  • L’art de vivre au XVIIIè siècle :  lire ici
  • À la recherche des prémices d’une culture de l’intime : lire ici
  • L’amour au Siècle des Lumières : lire ici
  • La vie matérielle de la noblesse entre le « Grand Siècle » et le siècle des Lumières : Une lecture des différenciations sociales au sein du second ordre : lire ici
Nicolas Lavreince, Jeune femme et sa toilette
 
 

 

 

 
 
 
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Les inventions au Siècle des Lumières

inventions siècle des Lumières
 
 

La Mort de Louis XIV, en 1715, marque un coup d’arrêt à des décennies d’un pouvoir basé sur l’absolutisme. Le Roi Soleil entendait régner seul ou presque. La fin du règne est marquée par des guerres de religion, des batailles perdues décimant l’armée, des famines et un système de prise de décision tellement centralisé que nul n’en comprenait le sens, et que les plus pauvres, en tête, enduraient sans grand espoir.

Au XVIIIè siècle, le changement était en germe. Des philosophes, des génies de la techniques, des scientifiques, des auteurs de théâtre, des courants politiques nouveaux commencent à se faire entendre. Tous n’auront pas accès à ces idées nouvelles, l’éducation n’étant réservée qu’à une élite, mais un grand pas va être franchi pour que justement, cette éducation, cette connaissance qui doivent se répandre permettent enfin au sens critique de chaque femme et de chaque homme de s’exprimer. Que les croyances et les superstitions cèdent la place à une forme de rationalité et à un accroissement de la connaissance du monde qui nous entoure. Ce siècle sera celui de la philosophie, de la science et de l’invention.

La fin de la Providence

 
 

Le XVIIIè siècle marque un tournant dans l’idée que Dieu intervient en tout. Que ce qui se passe ou ne se passe pas est le fait de Dieu.

A présent, les échecs, les défauts, les manquements ne doivent plus être considérés comme une volonté divine. Celle d’un dieu qu’on ne voit pas et qui ne s’explique jamais. Désormais, il est acquis que nos actions, nos  pensées, notre réflexion peuvent être la cause de ce qu’il advient. Pour le reste, on s’en tient à l’idée que le hasard doit en prendre sa part.

Newton (1643-1727) inscrit sa démarche dans l’idée qu’un concept mécanique est régi par les mathématiques auxquelles il ajoute le principe de gravité universelle. Anna Barbara Reinhart (1730-1793), dont les écrits ont été perdus, est une mathématicienne qui consacre un ouvrage entier aux commentaires de l’œuvre la plus connue de Newton Philosophiae Naturalis Principia Mathematica. Ce mode de pensée, par le raisonnement, qu’il soit mathématique ou philosophique met  « à la mode » ce que l’on nomme « l’esprit des Lumières ». Les encyclopédies vont s’organiser avec une table des matières, un classement par ordre alphabétique, des illustrationset des articles écrits par les experts ès-qualité.

L’invention comme jeu de l’esprit

 

Au XVIIIè siècle, l’Invention revêt un caractère politique ; L’invention fait partie intégrante du grand cortège des idées nouvelles, de la façon dont on organise une société et quels en sont les bénéficiaires. Sur ce point, il faut reconnaitre que pour nouvelle quelle soit, la société pensée par les Lumières n’a pas touché toutes les couches de la population. La Révolution tentera d’y remédier avec des ajustements, encore et encore. 

Un britannique, Thomas Newcomen, en 1712, reprend l’idée de la machine à faire le vide de Denis Papin (1647-1713) pour produire un énergie transformée en mouvement mécanique. Plus tard, un autre personnage viendra à son tour améliorer cette machine pour lui rajouter un bras qui lui-même transforme le mouvement rectiligne en mouvement rotatif. Ce principe sera employé dans les trains à vapeur pour faire tourner les roues ferroviaires

La chaise volante de la favorite, une invention de confort

femme en lévitation avec chaises volantes

Au château de Versailles, Blaise-Henri Arnoult travaille sur les machines de l’opéra. Louis XV lui commande d’installer une chaise volante dans les appartements de la favorite Marie-Anne de Mailly-Nesle. Son logement est au troisième étage et il lui plairait de moins s’épuiser à y grimper. le principe est simple. La duchesse s’assoie sur une chaise attachée à un poulie par un jeu de cordes. La chaise et la duchesse ont un poids de contre balancement à l’autre extrémité de la corde. Une fois installée sur la chaise, elle actionne elle-même le système en autonomie en faisant glisser le corde.

Emilie du Chatelet, la force vive

Emilie_Chatelet_portrait_by_Latour

Son nom est Gabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet. Enfant, elle étonne par la vivacité de son esprit et de son intelligence. Plus tard, elle aime à converser, elle aime aussi la philosophie et en particulier un philosophe. Sa liaison avec Voltaire durera quinze années. Son travail scientifique, au-delà de la traduction des ouvrages de Newton, ne fera pas d’elle une simple femme de science ou une « passeuse » mais une vraie scientifique. sur les travaux de Newton, notamment, elle relève que le travail est parfois incomplet en démontrant une autre équation pour décrire le principe de l’énergie cinétique : l’énergie est égale au produit de la masse par la vitesse au carré. Newton ne proposait pas la mise au carré du produit.

 

Laura Bassi invente l’inversion de la théorie du genre

Carlo Vandi, Public domain, via Wikimedia Commons

Tout comme Emilie du Chatelet, Laura Bassi est fortement influencée par les théories de Newton qu’elle enseigne en Italie. De la même façon, on remarque chez elle, alors encore une enfant, des qualités intellectuelles qui la portent vers les disciplines scientifiques en pleine expansion au XVIIIè siècle. Son père la fait entrer à l’université de Bologne, très réputée et ancienne de sept siècles. A vingt ans, elle est diplômée et rapidement elle  y exerce en tant que docteure en philosophie puis poursuit par une chaire de physique et de mathématiques.

Le destin qui donne à Laura Bassi la capacité d’inverser les genres opèrent au moins deux fois. L’une quand on comprend que son mari, également professeur dans cette même université et spécialiste des études menées sur l’électricité, deviendra son assistant. L’autre quand on comprend que parmi ses étudiants se trouve Allessandro Volta.

Emilie du Chatelet, un temps, étudiante à l’université de Bologne, était un de ses plus ferventes admiratrices.

Des inventions en pagaille

  • Le thermomètre au mercure
  • Le principe du paratonnerre
  • Le bateau à vapeur
  • La boîte de conserve selon le procédé d’Apper
  • La montgolfière
  • La vaccination
  • La tour de Chappe
  • Agnes Arber : première femme botaniste élue membre de la Royal Society
  • Jane Colden, au XVIIIè siècle, femme naturaliste à New -York, arrête cette activité sitôt mariée.
  • Emilia Anikina, botaniste ukrainienne du XXè siècle, découvreuse de blés
  • Marie-Anne Libert, botaniste belge du XIXè siècle, elle identifie le mildiou
  • Marion Delf-Smith, Membre de la Linnean Society of London

Pour aller plus loin

 
 

 

 
 
 
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La botanique des femmes en Occident

botanique femmes
 
 

Les femmes sont traditionnellement très présentes dans les domaines de la botanique. Le lien entre la plante et ses vertus sont transmises de femme en femme, de mère en fille, de religieuse en religieuse. Elles ont observé et transcrit en note parfois, tout ce que la nature pouvait donner de sa bonté pour améliorer le sort de l’être humain dans la plus grande de ses fragilités, la maladie.

Le savoir ancestral des plantes

Photo en gros plan d'un pissenlit monté en graîne
 
 

Les débuts de l’étude des plantes en Occident, pour lesquelles on ne parle pas encore de botanique, aux premiers moments sont inévitablement liés à la fonction utilitaire de la plante, que ce soit pour se nourrir ou pour se soigner. On peut imaginer que les vertus des plantes ont très vite revêtu un caractère précis. Déterminer le principe actif de la plante implique de connaitre dans quelle partie de la plante il se trouve, comment on l’en extrait et avec quel principe on l’administre, quelle en est la posologie. Certaines parties de plante sont très toxiques à faible dose alors que d’autres sont totalement sans effet. Quand à la notion de poison, elle s’inscrit dans celle du dosage, ce que nos ancêtres ont probablement repéré très vite.

L’ouvrage de botanique

Phot en gros plan d'une fleur orange

 

L’ouvrage de botanique à visée médicinale qui a fait référence pendant 1500 ans est le Traité de matière médicale écrit par Dioscoride né au premier siècle après J.-C. Il recense, décrit et donne les vertus de 800 substances dont la majorité sont des pantes. Passionné de médecine, Dioscoride, présente dans son œuvre, le résultat d’une collecte de plusieurs décennies de voyage dans la partie orientale du bassin méditerranéen dont on peut penser que le collectage s’est fait auprès des femmes comme auprès des hommes.

Aux origines de la pharmacopée

Aux temps plus anciens, on pense que la cueillette, la préparation des plantes et l’administration du remède à des membres de la communauté étaient assurées en majorité par des femmes. Sans qu’il soit à ce jour possible de l’attester. Il s’agit d’une tradition orale transmise dans un champs vernaculaire par des personnes qui n’étaient pas lettrées. La piste de l’expression « remède de bonne femme » pourrait laisser à penser qu’elles étaient les gardiennent de ce temple. Pendant le Moyen-Âge, la chasse aux sorcières a souvent condamné des femmes sur la base de leur pouvoir de guérisseuse. On associait les décoctions et les infusions de plantes ou de racines à de la magie. Cette inquisition menée contre la femme et son pouvoir guérisseur vient également conforter le principe que les remèdes par les plantes sont traditionnellement détenus par les femmes. Dans les monastères, ces plantes se nomment des simples, c’est un jardin essentiel.

La naissance du naturalisme

Photo d'une touffe d'orties sauvages

Cependant, les premiers siècles du Moyen-Âge avaient perdu une grande partie de cette tradition. C’est au cours du Bas Moyen-Âge que certains tentent de refaire tout le chemin perdu. Hildegard von Bingen décrira et notera les vertus de plus de 300 plantes. La perte de la transmission de génération en génération et la chasse aux sorcières, éloignent les femmes de ce savoir-faire et de cette connaissance ancestrale. A partir de la Renaissance, la démarche de l’ouvrage consacré aux plantes s’inscrit dans un schéma beaucoup plus large qui est celui de la description de la nature. C’est la naissance du naturalisme. Cette discipline toute balbutiante n’a pas toujours la rigueur d’une encyclopédie mais la visée est clairement celle d’un manuel pour la transmission du savoir. On peut parler de début d’un cheminement scientifique même si la classification ne viendra que plus tard.

Le système linéen ne classe pas que les plantes

Page d'un ouvrage de botanique
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CC-BY-NC

 

Désormais, la botanique est une affaire d’hommes tout en se séparant de son aspect purement médical. Tous les livres qui paraissent désormais sont écrits par des hommes dont l’un des plus célèbres est Carl von Linné. Son Systema Naturæ, dont la première édition paraît en 1735, est un ouvrage de classification et de description du monde animal, végétal et minéral.

Ce XVIIIè siècle, plein de promesses pour cette discipline, va sonner le glas de la l’implication des femmes dans le travail de constitution du savoir dans le naturalisme. En 1766, Philibert Commerson, naturaliste français, fait embarquer sa femme sur le bateau qui l’emmène pour une exploration autour du monde. Pendant deux années, elle parvient à se dissimuler sous les habits d’un homme, condition sinequanon pour embarquer. Son mari malade, Jeanne Barret effectue les collectes et le travail de classement des plantes. Plus de 5000 spécimens viendront ainsi enrichir les flores et les ouvrages de botanique. C’est donc de façon tout à fait masquée qu’elle parvient à effectuer ce travail. La « reconnaissance » toute relative viendra à son retour en Europe, veuve et remariée, Louis XVI lui accorde une rente pour la collaboration et l’aide apportée à son mari défunt dont l’histoire retiendra son nom et non celui de sa femme.

 

 

Femme ! Va plutôt sarcler tes rosiers

 

Jardin de simplesCes siècles de modernité vont sans cesse jeter un discrédit sur les savoirs de la tradition orale en suivant deux chemins. L’un pour dire qu’un savoir détenu par la seule tradition orale, et qui n’est pas couché dans un livre, est par définition non savante. L’autre pour établir un lien entre l’incapacité cérébrale de la femme et son inaptitude pour ce domaine de connaissance.

La définition même des activités liées à la botanique renvoie à l’état de jardinier toute personne qui cultive une plante pour en connaître les remèdes. Tout guérisseur, dépositaire depuis des siècles de la pharmacopée traditionnelle, est renvoyé à sa houe et à son bâton à fouiller.

La botanique des dames

Peinture du 18è siècle représentant une femme aristocrate tenant une fleur

La femme est confortée dans ses talents de « jardinière » par une « botanique d’agrément ». Ainsi on valorise, pour les femmes, la culture des fleurs, des simples. On recherche, dans ces jardins, la variétés des collections, l’exotisme, la légèreté de s’y promener. Pour se faire, on publie des ouvrages de vulgarisation entièrement destinés aux « dames », un livre de « botanique pour les nuls » pour amuser les femmes à trouver le nom des fleurs qui composent leur jardin, déterminer leur sexe, retenir les nom des différentes parties de la plante. Des ouvrages dont la société masculine, Rousseau par exemple, pense que leurs femmes vont s’emparer pour s’amuser follement au jardin les beaux jours venus.

Et pour celles qui tentent une incursion dans le domaine savant, telle Jeanne Barret, elles n’ont pas le droit de siéger dans une Académie, et ne sont jamais prises très au sérieux.

C’est à force de patience et de persévérance que le retard sera de nouveau comblé tout au long du XXè siècle. C’est ainsi que les femmes auront de nouveau accès en pleine légitimité à une botanique savante et professionnalisante. L’accès aux études supérieures par le droit d’entrée dans les universités à la fin du XIXè siècle est déjà un bon début. Malgré tout, ce parcours de la reconnaissance sera semé d’embûches, tel que nous avons pu l’évoquer dans notre article sur l’accession des femmes aux études scientifiques. ( A lire ici

Des femmes, des dates

  • Clémence Lortet, chercheuse du XVIIIè siècle, formée au naturaliste scientifique sans pouvoir être publiée
  • Agnes Arber : première femme botaniste élue membre de la Royal Society
  • Jane Colden, au XVIIIè siècle, femme naturaliste à New -York, arrête cette activité sitôt mariée.
  • Emilia Anikina, botaniste ukrainienne du XXè siècle, découvreuse de blés
  • Marie-Anne Libert, botaniste belge du XIXè siècle, elle identifie le mildiou
  • Marion Delf-Smith, Membre de la Linnean Society of London
Gravure de Marie-Anne Libert
Marie-Anne Libert
Unknown authorUnknown author, Public domain, via Wikimedia Commons

Pour aller plus loin

 

  • Réponses des femmes face à la construction du monopole masculin d’expertise sur le végétal au XVIIIe siècle  : lire ici
  • Les femmes dans la Botanique : Agnès Arber, une grande botaniste au début du 20e siècle : lire ici
  • Les botaniques des dames, badinage précieux ou initiation scientifique ? lire ici
  • Honneur aux femmes botanistes ! : lire ici
 
 

 

 
 
 
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Femmes et études scientifiques

Femmes études scientifiques
 
 

Les femmes sont tout aussi douées que les hommes pour les études en général et donc pour les études scientifiques aussi. Leur réussite à l’école est souvent plus importante, leur attitude plus studieuse et concentrée. Elles accèdent aux études universitaires, y ont de bons résultats et sont en nombre un peu plus important que les hommes. Mais des disparités dans les études supérieures sont pourtant très visibles. C’est particulièrement vrai dans le choix des filières, les opportunités de faire de la recherche, l’accès aux postes à responsabilité, le choix des grandes écoles. On y voit tellement de trous, de creux, de manques. On croirait voir un plafond de verre.

 

Phot d'une bibliothèque universitaire avec des étudiants qui travaillent
Image par Adrian Malec de Pixabay
Les débuts difficiles

Depuis le milieu du XIX siècle, les femmes françaises commencent à s’inscrire à l’université. Au début, principalement dans les disciplines littéraires. Leur accès n’est pas interdit pas la loi. On n’y avait juste pas pensé parce qu’on n’avait pas non plus pensé que les femmes auraient l’idée de s’y présenter !

A la fin du XXè siècle, sur l’ensemble du territoire français, le nombre de ces femmes n’excède pas 3% de l’effectif total. Ce taux va tripler dans la décennie suivante. Pour partie, ces femmes sont d’origine étrangère. Interdites d’inscription dans les universités de leur pays, elles viennent faire leurs études en France dont la renommée, en faculté de médecine est très bonne.
Et si les étudiantes de cette période des débuts restent longtemps en nombre plus faible que celui des étudiants, les études portées sur les profils des étudiants, tout sexe confondu, ne font presque jamais mention des spécificités des études menées par les femmes.

 

Phot d'une femme qui consulte un livre
Une prophétie auto-réalisatrice

L’idée que les femmes ont plus de facilités dans les matières dites littéraires et que les hommes sont meilleurs dans les matières plus scientifiques est très répandue. Elle continue encore aujourd’hui de faire son chemin en s’instillant dans les esprits dès le plus jeune âge.
Cette idée plonge ses racines dans le retard que les femmes ont pris par les difficultés pour s’inscrire à l’université mais également, par une sorte de refus devant l’obstacle, les filles étant moins enclines à se tourner vers des études techniques et scientifiques. Il s’agit en fait d’un refus motivé par un manque de confiance en soi, un environnement familial et sociologique qui n’encourage pas les carrières scientifiques et/ou qui conforte la fille qu’il est plus sage de rester dans les domaines où elle est « tellement à l’aise ». Il ne lui est jamais présenté les choses comme un chalenge à relever mais comme un choix de sagesse qui va satisfaire tout le monde. Tout cela, alors que les capacités cognitives des filles ou des femmes sont équivalentes à celles du reste de la population quand bien même elles auraient des façons différentes d’aborder les choses.

 

Photo d'une femme vue de dos devant sa table de travail
Des Chiffres

En 2011, les universités françaises comptent 58 % d’étudiantes pour 42 étudiants. A partir de l’année d’inscription en doctorat, il s’opère une inversion de 52 doctorants pour 48 doctorantes. Parmi les trois grades successifs de maître de conférence à professeur des universités, le taux d’hommes passe de 58% à 77%, pour les femmes ce taux passe de 42% à 22%.
Compte-tenu des évolutions de ces chiffres, il est estimé que la parité parmi les maîtres de conférences sera atteinte en 2027.

En 2012 en France, seules 12 universités ont une femme présidente alors que 72 ont un homme président. La progression des chiffres montre que la parité de la présidence des universités françaises sera atteinte en 2068.

En écoles d’ingénieurs, on compte moins d’un tiers des effectifs de femmes. Les écoles préparatoires voient une courbe totalement inverse entre filière littéraire et filière scientifique. Environ 30% d’hommes dans la première, plus de 70% pour la seconde.

Photo d'Elizabeth Garret
Elizabeth Garrett
Unknown photographer; National Portrait Gallery has no record, and image searches have failed to find further information, Public domain, via Wikimedia Commons
Des femmes, des dates
  • Emma Chenu : première bachelière es-science en France, 1863
  • Elizabeth Garrett : première femme diplômée de médecine en Grande-Bretagne, 1870
  • Liouba Bortniker : première femme agrégée en mathématiques, 1885
  • Henriette Mazot : première interne en pharmacie, 1897
  • Anne Chopinet : première femme avec sept autres à s’inscrire à Polytechnique, 1972
  • Jeanne Miquel, première française vétérinaire, 1937
  • Claudie Haigneré, première française dans l’espace, 1996
 
Phot d'un rayonnage de bibliothèque
Image par Engin Akyurt de Pixabay
Pour aller plus loin

 

 
 
 
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Les femmes en science

Femmes sciences
 
 

 

Longtemps on a prêté aux femmes des qualités cérébrales plus propres aux choses de la vie, à l’organisation, aux questions sociales, notamment celle qui touchent aux enfants. Longtemps on a cru que les domaines d’ordre plus scientifiques où la mobilisation des « méninges » était si extrême que le cerveau d’une femme n’avait pas les qualités nécessaires. Ou bien alors que ces aptitudes ne pouvaient être généralisées, ou bien encore que cela relevait de la sorcellerie. Le doute a souvent présidé, trop souvent.
Alors, présente ou pas ? Apte ou non ?

On peut raisonnablement dire que la présence des femmes dans les domaines scientifiques est attestée en tout temps et en tout lieu. Même si parfois les sources sont indirectes. Des auteurs en font mention un ou deux siècles plus tard et parfois la tradition orale transmet le témoin de génération en génération. Parfois encore, des recherches font basculer le personnage dans une version plus mythique que réelle comme pour Méryt-Path en Egypte, vers 2700 ans av. J.-C. Elle a longtemps été considérée comme la plus ancienne femme médecin connue.

 

 

Hildegard von Bingen

Sur les questions de santé, l’Europe Médiévale a gardé la trace de nombreuses femmes. Hildegard von Bingen est très connue des mélomanes, notamment par ceux qui écoutent de la musique ancienne et/ou sacrée. Mais elle est également répertoriée parmi les femmes qui ont travaillé sur la question médicale au travers d’ouvrages de description de plantes et des remèdes associés. L’Italie ou l’Allemagne, à la fin du Moyen-Âge, constituaient des listes de femmes chirurgiennes dont il est avéré qu’elles ne s’employaient pas à être des accoucheuses. L’une d’elles, Trotula, avait à cœur d’apporter toute sorte de remèdes et de procédés cosmétiques concernant la sexualité et la fertilité des femmes de Lombardie, particulièrement parce que leur vie familiale et sociale en dépendait.

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Astronomie, physique, mathématiques

Dans les périodes anciennes, comme l’Antiquité, il est courant de voir associées plusieurs spécialités les unes aux autres. C’est le cas des mathématiques, de l’astrologie et de la philosophie. Comme si l’observation du ciel, étudié depuis des temps immémoriaux, et traduite en équations, était le paradigme des questions existentielles. Paradigme encore développé à l’époque Moderne par le philosophe et mathématicien allemand Leibniz qui voulait traduire toutes les questions du Monde en équation.

Hypatie d’Alexandrie au IV siècle ap. J.-C. avait cette triple compétence. Sa vie est extrêmement documentée et elle est reconnue comme une très grande commentatrice des textes étudiés à cette période. On lui attribue également des travaux de recherche astronomique.

Question de botanique

Pour développer leur carrière, les femmes botanistes ont dû attendre d’être autorisées à s’inscrire à l’université et accéder à la reconnaissance et à l’édition de leurs travaux. Carrie Derrick fut la première femme à enseigner la botanique dans une université au Canada en 1912.

La médecine et/ou l’appartenance à une vie de contemplation, dans un couvent par exemple, sont des ressorts qui ont mené des femmes vers la description, le classement et la mise en évidence des vertus des plantes. Au Moyen-Âge, l’attrait pour les questions médicales était essentiel. Les femmes en charge de la santé du foyer avaient une connaissance basée sur l’observation et se transmettaient de génération en génération les propriétés et les usages des plantes. Les ouvrages édités à l’époque ne suivent pas une construction scientifique « moderne » , mais Hildegard von Bingen, auteure d’un ouvrage de descriptions des plantes et de leurs vertus, a tout de même eu la volonté d’y mettre une certaine rigueur. Cela la classe parmi les femmes médecin de renommée. Aux périodes plus modernes, les aspects stricts de la description et de la représentation botaniques vont se développer indépendamment des vertus des plantes. Le botaniste n’est plus forcément associé au domaine de la santé.

Les femmes du XVIIIè siècle, et ce malgré un attrait réel pour cette discipline, ne vont avoir qu’un accès très restreint aux ouvrages de botanique et seulement au travers de la vulgarisation qui leur est spécialement « adaptée ». Les publications scientifiques restent essentiellement masculines et préservées de toute publicité envers les femmes.

Si Jeanne Barret, qui vivait en France dans la seconde moitié du XVIII siècle, fait exception à la règle, c’est grâce à son mari, naturaliste et explorateur, qui la prend comme assistant. Travesti en homme, c’est le moyen qu’il a trouvé pour la faire admettre sur le bateau où il embarque pour un tour du monde. Durant ce voyage, elle collectera quelques 5000 espèces différentes. On reconnaît à Jeanne Barret la découverte sur le territoire français de plus de 300 variétés de plantes.

Shirley Ann Jackson w:en:Creative Commons
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XXè siècle prometteur ? Le siècle de la « première femme à avoir »
  • 1902, Hertha Ayrton, première femme à être proposée à la Royal Society, proposition rejetée
  • 1903, Marie Curie, première femme prix Nobel
  • 1923, Margarethe von Wrangell, première femme professeure titulaire dans une université allemande
  • 1946, Elisabeth Boselli, première femme pilote de chasse en France
  • 1963, Valentina Terechkova, première femme dans l’espace
  • 1964, Nicole Laroche, première femme à intégrer les Arts et Métiers
  • 1973, Shirley Ann Jackson, première femme afro-américaine docteure du MIT en physique nucléaire
  • 1979, Yvonne Choquet-Bruhat, première femme élue à l’Académie des sciences
  • 1980, Marguerite Yourcenar, première femme élue à l’Académie Française
  • 2014, Maryam Mirzakhani, première femme récipiendaire de la médaille Fields
Matilda Joslyn Gage | 19th century photograph, Public domain, via Wikimedia Commons
L’effet Matilda

Cet effet se résume de manière simple, il définit la spoliation par des hommes, des découvertes scientifiques réalisées par des femmes. Ainsi nommé Matilda, en référence à Matilda Joslyn Gage, militante féministe dans l’Amérique du XIXè siècle qui avait noté l’habitude des hommes à s’attribuer les succès des autres.

Le phénomène, bien qu’identifié dans les années 60, connait une réalité sociologique depuis plusieurs siècles. Margaret W. Rossiter, théoricienne du phénomène, a repéré qu’au Moyen-Âge déjà, on pouvait jeter le discrédit sur les qualités scientifiques d’une femme, quitte à s’attribuer les lauriers de la découverte en cas de vérité révélée. Une femme médecin, Trotula, qui exerçait et enseignait la médecine à Salerne au XIè siècle, avait rédigé plusieurs ouvrages. Longtemps considérés comme des écrits de référence dans les siècles suivants, ils étaient systématiquement attribués à des hommes considérant qu’une femme ne pouvait être à l’origine d’une production scientifique de cette ampleur.

Image par Robin Higgins de Pixabay
Et aujourd’hui ?

Notre bon XXè siècle et son cortège de découvertes scientifiques dans des domaines aussi pointus que le nucléaire, la génétique, la géophysique, la médecine ou la physique des particules, a emboité le pas des siècles précédents, toute gloire étant bonne à prendre. Sur la page Wikipedia dédiée à l’effet Matilda, il est dénombré huit prix Nobel injustement attribués à des hommes et niant totalement l’existence préalable des travaux réalisés par des femmes à l’origine des recherches ainsi couronnées. La sagacité et la pérennité de leurs carrières ont mis au jour leurs implications, mais combien sont restées dans l’ombre d’une prestigieuse reconnaissance, combien voient la qualité de leurs travaux et leurs reconnaissances minimisées dans des laboratoires dont il ne sort aucun prix Nobel ni aucune récompense ?

 
Image par Engin Akyurt de Pixabay
Pour aller plus loin
  • Femmes et sciences : Fondée en 2000, Femmes & Sciences est une association loi de 1901 qui regroupe actuellement plus de 350 membres.
  • Place des femmes en sciences : Les contributions des femmes à la science sont recensées depuis les débuts de l’histoire.
  • Effet Matilda : L’effet Matilda désigne le déni ou la minimisation récurrente et systémique de la contribution des femmes scientifiques à la recherche, dont le travail est souvent attribué à leurs collègues masculins.
  • Margaret W. Rossiter : Margaret W. RossiterMargaret W. Rossiter (née en juillet 1944) est une historienne des sciences et professeure américaine.
  • École de médecine de Salerne : Historiquement, l’école de médecine de Salerne (ou Schola Medica Salernitana) sur la zone côtière du Mezzogiorno, est non seulement la première école de médecine fondée en Europe au Moyen Âge (vers le IXe siècle), mais encore l’une des plus importantes (apogée au XIe siècle et xXIIe siècle).
  • France Culture : Sciences : les femmes toujours très sous-représentées en France.
  • CNRS, Le Journal : Femmes de science : Dans ce dossier, (re)découvrez les parcours et les travaux de chercheuses, ingénieures et techniciennes d’exception, dans des domaines aussi variés que les mathématiques, l’histoire, la biologie ou la physique.
  • Méryt-Ptah : Méryt-Ptah (« Aimée du Dieu Ptah ») était considérée comme un médecin de l’Égypte antique de l’âge du bronze.
  • Trotula de Salerne : Trotula de Salerne (? – 1097), ou Trotula de Ruggiero1 (ou encore Trota, Trottula, Trocta ou Troctula), est une médecienne et chirurgienne du Moyen-Âge.
  • Hildegarde de Bingen : Hildegarde de Bingen (en allemand : Hildegard von Bingen), née en 1098 à Bermersheim vor der Höhe près d’Alzey (Hesse rhénane) et morte le 17 septembre 1179 à Rupertsberg (près de Bingen), est une religieuse bénédictine mystique, compositrice et femme de lettres franconienne, sainte de l’Église catholique du xXIIe siècle.
  • Hypatie : Hypatie (Ὑπατία, née entre 355 et 370 selon les sources et assassinée par des chrétiens en 415) est une philosophe néoplatonicienne, astronome et mathématicienne grecque d’Alexandrie.

 

 

 
 
 
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Une histoire pour Noël – 2

mer Bretagne
 
 

 

L’aventure du pilote | Episode 2

par Anatole Le Braz ((1859-1926)

L’épisode 1 est à lire ici

II

mage par Patricia Alexandre de Pixabay

Cloarec se pencha vers le foyer, y cueillit une braise dans le creux de sa main et l’appliqua sur le fourneau de sa minuscule pipe en terre. Pour aspirer les premières bouffées, ses joues s’évidèrent jusqu’à faire toucher intérieurement leurs parois. Un grillon se mit à crisser dans le silence.

– Alors, ce coup de filet ?…
– Oh ! reprit le conteur, il fut tout simplement superbe. Mais c’est après… Ah ! nom d’une misère !… Enfin voici.

Nous avions fini de tout ranger à bord, les voiles étaient en haut et je venais de m’asseoir au gouvernail pour virer, lorsque, en jetant les yeux sur la misaine, je la vis faseyer doucement, comme s’il calmissait. Ça, vous concevez, c’était un ennui. Si le vent nous faussait compagnie juste au moment où le flot allait lui-même nous manquer, nous étions, comme on dit, dans de vilains draps. Il n’y avait pas de raison, en effet, pour qu’une fois pris par le courant des îles, sans une risée pour appuyer notre marche, nous ne tournions indéfiniment dans ces parages jusques ad vitam sempiternam, c’est-à-dire jusqu’à mi-marée ; encore, pour en sortir à cette minute-là, faudrait-il souquer ferme sur les avirons. Et c’était à tout le moins trois ou quatre heures à droguer au large, dans la nuit, avant de pouvoir cingler vers le port.

Du coup, je n’avais plus le coeur à rire. Et il était aisé de voir qu’il en allait pareillement de mes compagnons. Assis à leurs postes, sur les bancs, les uns face à l’avant, les autres face à l’arrière, ils regardaient vaguement dans le gris de l’obscurité tombante, sans mot dire. La journée décidément finissait mal.

Je conservais toutefois l’espoir d’atteindre la redoutable barre en temps propice. Nous n’en étions plus qu’à une demi-encablure, quand la voix de René Balanec s’éleva, roulant une bordée de jurons :

« Nom de… nom de… nom de… – Quoi ? qu’est-ce qui te prend ? » demandai-je. mer, dans la direction de l’ouest.

Il regardait par-dessus ma tête, vers la haute mer.

Je grognai, agacé :

« Parleras-tu, sagouin !

– C’est du propre ! fit-il. Voilà maintenant que ça brouillasse là-bas.
– Y a pas de doute, en effet : c’est la brume », déclarèrent Mezcam et Rudono.

Je m’étais retourné, d’un mouvement subit, et je dus, hélas ! constater qu’il n’y avait pas de méprise possible. C’était bien la brume, la satanée brume qui, balayée seulement de la veille, revenait à la charge, envahissant de nouveau l’espace, tissant dans l’entre-deux du ciel et de l’eau sa trame d’étoupe molle et déjà cernant l’horizon du soir, prête à tout aveugler.

« La gueuse ! c’est elle qui a muselé le vent », bougonna Pierre Balanec.

La mer, aux flancs de la barque, commençait à frisotter : des plaques d’écume – des crachats, comme nous disons – filaient avec rapidité dans le sillage, et, sous nous, on sentait le chêne des planches vibrer. Nous étions dans le coureau des îles. Je me dressai sur mes pieds.

« Hé, mousse ! arrive à ma place, et tâche de gouverner au plus près… Nous autres, aux avirons, tous !… Hardi là ! » commandai-je en donnant le premier l’exemple.

Et maintenant, comprenez bien : je m’étais mis à la rame de tribord, avec Mezcam ; les deux frères Balanec étaient à la rame de bâbord.

« Toi, avais-je dit à Louis Rudono, veille devant, à cause des cailloux. »

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Vous savez s’il y en a, dans ces parages d’enfer !… Dès lors – bien que je n’eusse pas encore passé l’examen de pilote –, je les connaissais tous, certes, comme si je les eusse plantés moi-même, ces cailloux de malheur ; et, de nuit aussi bien que de jour, à mer haute comme à mer basse, je me serais débrouillé au milieu d’eux, les mains dans les poches et les yeux fermés. Mais par temps de brume, holà !… Ça n’est ni du jour ni de la nuit, la brume !… Je n’avais guère à compter que sur l’oeil de Rudono. C’est vrai qu’il en avait un comme on n’en voit plus. Le rémouleur qui lui avait aiguisé la prunelle n’avait pas volé son argent, ah ! non.

Tout de même je n’étais pas trop rassuré.

Rappelez-vous bien, n’est-ce pas, comme nous étions distribués dans le bateau : lui, Rudono, sur l’avant ; le petit Dudored à la barre ; nous quatre, les Balanec, Mezcam et moi, deux par deux sur chaque aviron.

« Eh, ohé ! souque !… »

Nous n’épargnions pas l’huile à bras, je vous promets. Sous notre effort vigoureux, la barque vola. Le gros Pierre Balanec sortait à intervalles réguliers du fond de sa large poitrine de formidables : Ahan ! ahan ! pour marquer la cadence. Mais nous avions beau forcer de vitesse, la brume sournoise, furtivement, nous gagnait. Elle ne nous avait pas rattrapés encore : un reste de jour éclairait les eaux dans notre voisinage. Visiblement, néanmoins, nous commencions à être emprisonnés.

Le grand linceul d’ombre pâle rétrécissait peu à peu son cercle, et c’était maintenant comme un immense mur flottant derrière lequel tout se perdait, s’évanouissait peu à peu, la terre d’abord, très lointaine – puis les îles, plus proches –, et enfin les éclats mêmes des phares qui venaient d’allumer leurs feux. Seul, celui de l’île aux Moines demeura quelque temps suspendu comme un astre fantôme dans le ciel noyé ; puis il ne fut plus qu’un halo trouble ; puis ce halo, à son tour, s’effaça, et tout disparut.

« Bonsoir la camoufle ! » dit Rudono, qui était désormais notre unique phare.

Et il cria au mousse :

« Gouverne toujours tout droit, hein, petit !

– Oui, oui », répondit de l’arrière la voix grêle et un peu enrouée du gamin.

Une humidité glaciale pénétrait nos membres. L’haleine de la brume était déjà sur nous, et nous respirions son étrange odeur de roussi, si âcre qu’elle nous raclait la gorge. Nous n’avions plus à espérer de lui échapper. Si, du moins, nous réussissions à traverser les rapides, avant qu’elle nous eût liés dans ses mailles !… Après, ma foi, tant pis ! on voguerait comme on pourrait, à l’aveuglette. L’essentiel était de parer au danger le plus pressant : une fois en eaux calmes, on verrait à s’orienter.

Image par Free-Photos de Pixabay

Et nous nous cramponnions à nos rames avec une ardeur de galériens sous le fouet du garde- chiourme. De minute en minute, je demandais à Rudono :

« Quoi de neuf ? »

Il trempait sa main dans le clapotis le long de l’étrave, et répondait :

« On doit encore être dans le grand coureau, car ça frise dur… Un peu de courage, les enfants ! »

Du courage, nous en eûmes, parbleu ! jusqu’à ce qu’il nous fût démontré que ça ne servait de rien. Comme je répétais ma question pour la dixième ou quinzième fois, Rudono murmura :

« C’est singulier : on dirait que nous n’avançons plus… »

Ploc… ! Il n’avait pas fini de parler que nous sentîmes sur nos épaules comme la tombée brusque d’un manteau de ténèbres humides. En un clin d’oeil nous en fûmes tous enveloppés. Des ténèbres d’ailleurs qui n’en étaient pas ; ou plutôt il surnageait là-dedans une espèce de clarté triste, funéraire, une clarté de l’autre monde, quoi !… Si épaisse que fût la buée, elle ne nous empêchait pas de nous voir ; seulement, nous nous voyions comme si nous avions été à des milles les uns des autres. Encore ce que nous distinguions était-ce moins nos personnes que des formes de nous-mêmes, des ombres bizarres, méconnaissables, démesurément agrandies. Ainsi Gonéry Mezcam, qui était assis vis-à-vis de moi au même aviron, je dus étendre le bras vers lui pour me persuader, en touchant son tricot, qu’il n’avait pas quitté son banc et que cette silhouette gigantesque, c’était lui…

La barque, elle, avait l’air d’une chose sans bords qui eût flotté dans du vide ; la voilure… pfutt !… une brume dans la brume, comme la mer, comme le ciel, comme tout…

« Ça y est ! dit la voix d’orgue de Pierre Balanec. Nous sommes dans le pot au noir !… »

Et presque aussitôt, là-bas, à l’avant du bateau, très loin, nous entendîmes Rudono qui hurlait :

« Bon ! ce n’est pas seulement que nous n’avançons plus, les amis…, nous drivons ! »

Ah ! sacré mâtin ! quel souvenir !… Je ne sais pas ce que je n’aurais pas donné pour être chez nous… Croyez ce que je vous dis, les gars : laissez les turbots en paix et restez vous-mêmes au coin du feu, la veille de Noël.

Lire la suite et fin du conte