
Comme ça, à la volée, si je vous demandais de citer une artiste peintre du Siècle des Lumières, quelle est la femme peintre que vous pourriez nommer, et combien pourriez-vous en citer ?
L’Académie commande
L’Académie Royale de peinture et de sculpture décide presque tout en matière de peintures. Et pendant longtemps, elle décide aussi que la femme peintre ne peut y entrer. Quand, en 1783, les portes s’ouvrent enfin pour deux d’entre elles, l’Académie entend lui refuser de travailler la peinture d’histoire et les séances avec des modèles vivants. Pour résumer, la femme peintre est tolérée à condition qu’elle accepte que son travail soit organisé et encadré suivant des principes bien établis et plus restreints que pour les hommes. Les sujets, les conditions de travail et les lieux d’exposition sont un chemin d’embûches pour la peintre femme.
Les interdictions faites à la femme peintre

Les nus sont donc un sujet auquel le femme peintre n’a pas le droit de toucher. On lui préfère la représentation des fleurs. Pour l’Académie, les fleurs sont dans danger, il ne s’agit pas d’une peinture d’histoire où la question politique ne saurait être peinte par une femme. Il ne s’agit pas non plus de représentation humaine car on refuse aux femmes de travailler d’après des modèles vivants. Donc les fleurs c’est bien.
Charles Landon, artiste peintre de la seconde moitié du XVIIIè sicèle, a écrit :
« l’étude des fleurs et des plantes en général, ainsi que l’art d’en retracer les formes et les nuances, [qui] conviennent, sous tous les rapports, à un sexe délicat, modeste et paisible ».
Il parle des femmes, bien évidemment.
Académie de Saint-Luc

Un grand nombre de femmes peintres sont inscrites à l’académie de Saint-Luc. Cette académie avait été remise en état de fonctionnement par Simon Vouet. Elle avait un fonctionnement semblable aux confréries dont le but était de dispenser des cours aux jeunes artistes par des peintres et des sculpteurs confirmés et reconnus. La confrérie organisait également des salons et des concours. Elle faisait appliquer une règlementation sur la pratique artistique, notamment l’interdiction qui était faite aux artisans de copier les œuvres anciennes sans autorisation de la confrérie. Ceci afin de bien faire la différence entre les vrais artistes et les amateurs. Au XVIIIème siècle, la reconnaissance de l’artiste ne se fait pas seulement sur la base du talent mais tout autant sur celle de la reconnaissance par les pairs. C’est fut un très grand obstacle pour la reconnaissance de la femme peintre.
Le portrait par une femme

Pendant le dernier quart du Siècle des Lumières, plusieurs femmes vont tout de même s’adonner aux portraits et vont même parvenir à une certaine notoriété. La reconnaissance de l’Académie ne sera pas acquise pour autant avant 1783. Ce coup de pouce est dû à la disparition en 1777 de la corporation des peintres, la confrérie de Saint-Luc, et qui obligera les femmes inscrites dans cette corporation à trouver d’autres moyens de se faire connaitre, de travailler et de gagner leur vie.
Élisabeth Vigée Le Brun, la femme peintre

En 1755, à sa naissance, la petite Elisabeth est confiée à une nourrice pendant six années. Au XVIIIè siècle, cette pratique de confier le nouveau-né à une nourrice était extrêmement répandu. Une habitude que l’on trouvait aussi bien dans les classes aisées que dans les classes populaires les plus pauvres. Ce ne fut pas sans dégâts sanitaires et humains comme nous avons pu l’écrire dans notre article sur l’enfance en lumière.
Au bout de six années en nourrice, l’enfant est confiée à un couvent pour y être instruite et éduquée. Pendant cinq années, dans ce couvent, elle va exprimer un talent pour le dessin qui sera remarqué par son père voyant là une future grande artiste.
Elle aime dessiner des portraits et bien qu’adolescente, elle donne à cet art une vision très apaisée et très mature. Les expressions des visages sont très humaines. L’analogie avec la photographie des premières décennies est frappante par sa capacité à saisir les regards et à capter les sentiments du modèle.
Jeune au décès de son père qui fut son premier professeur, elle a la chance de poursuivre sa formation avec des peintres célèbres qui lui permettront également d’aller dans les collections privées pour travailler la copie. Ses archives personnelles redent compte d’un grand nombre de portraits quelle réalise alors qu’elle n‘a que 17 ans. Le rythme des commandes est soutenu avec une moyenne d’un tableau toutes les deux semaines.
Un sommet et une pente vertigineuse

Au moment de son mariage avec un marchand d’art, elle a 20 ans. Deux années plus tard, elle se fait remarquer par la reine Marie-Antoinette et devient sa peintre officielle. Elles ont le même âge. C’est en grande partie grâce à la reine qu’elle sera enfin admise à l’Académie de peinture. Elisabeth Vigée Le Brun se fiche des barrières qui lui sont imposées dans cette académie. Elle présente sa peinture de réception « La Paix ramenant l’Abondance » par une peinture d’histoire où prend place un nu, enfin un sein nu ! Deux des interdictions que l’Académie avait formulées à l’encontre des femmes peintres.
Les années 1780 sont pour elle un triomphe, elle vend ses portraits à la haute société, souvent très cher et sa réputation est excellente dans les salons et les milieux aisés. Cette image de puissance lui renvoie l’idée qu’il s’agit d’une période où la femme par son triomphe, règne enfin. Triomphe qui sera sapé par la Révolution, dit-elle.
L’égalité pour la femme peintre, enfin ?

Nous savons malheureusement que les salons littéraires tenus par des femmes et la présence de deux ou trois femmes peintres à l’Académie ne sont pas suffisants pour considérer que l’égalité des sexes est acquise à une société. Encore moins qu’il s’agit du règne des femmes. Cette femme, Elisabeth Vigée Le Brun, se sentait libre et forte car son expérience de la vie lui faisait sans cesse la démonstration que son talent pouvait servir sa cause et lui donner le sentiment d’être libre et indépendante. C’était compter sans l’entregent dont toutes les femmes étaient tenues d’user et d’abuser. La capacité à se faire valoir dans une société où ce sont les hommes qui décident n’est par égalitaire par principe. Quid de celles qui n’ont pas de talent, quid de celles qui n’ont pas de relation.
A la Révolution, Elisabeth Vigée Le Brun s’enfuie avec sa fille. Son exil passe par Rome puis Vienne et la Russie. Sa renommée lui permet d’être accueillie en tant qu’artiste. Les demandes de portraits sont présentes partout où elle s’arrête, ce qui lui permet de subvenir à ses besoins.
Retirée de la liste des Emigrés en 1800, Elisabeth peut enfin rentrer en France dès 1802.
Elle s’éteint le 30 mars 1842, elle a presque 87 ans.
Pour réfléchir tout en peignant
- Peinture française du XVIIIe siècle

Elisabeth Vigée LE Brun, Autoportrait à Rome, 1792 - Élisabeth Vigée Le Brun
- Mathilde Leïchlé, Élisabeth Vigée-Lebrun : peintre, académicienne et historienne de l’art
- Geneviève Haroche-Bouzinac , Entre correspondance et autobiographie : Élisabeth Vigée-Le Brun
- Vigée Le Brun, Louise-Élisabeth, Souvenirs de madame Vigée Le Brun. Tome 1 et Tome 2
- Élisabeth Vigée-Lebrun, Souvenirs
- Marie-Jo Bonnet, Femmes peintres à leur travail : de l’autoportrait comme manifeste politique (XVIIIe-XIXe siècles)


Les lumières et les luminaires à disposition des artistes des grottes ornées démontrent que des lampes, statiques ou non, étaient disposées et aménagées en fonction des usages. Dans les grottes ornées du Paléolithique supérieur, on les retrouve sur les parcours ainsi que dans les zones ornées. Au vu de leur très faible nombre et de leur capacité d’éclairage très réduit, les scientifiques penchent pour un usage limité des lampes mais celui beaucoup plus répandu des foyers et des torches. Leur capacité d’éclairage est supérieure et peut suivre l’artiste. Dans son usage, la torche se distingue nettement du foyer car elle sert exclusivement à l’éclairage.
Les lampes à graisse sont désignées par un ustensile présentant soit une cuvette soit un fond assez plat et dont la forme permet d’y placer le combustible en contact avec une mèche alimentée par capillarité. Si la graisse s’écoule vers la mèche, on dit que la lampe est ouverte. Si le combustible est retenu par des bords et présente une forme de godet, on la dit fermée. Il existe des lampes avec un creusement très minime, voire plat, on parle alors de plaquette et non de godet.
Pendant l’Antiquité, les lampes apparaissent beaucoup plus sophistiquées. Elles ne sont plus taillées ou aménagées dans du grès mais façonnées en terre cuite. Elles prennent alors la forme d’un récipient totalement fermé avec deux trous aménagés, l’un pour le remplissage, l’autre est placé sur le bec pour le passage de la mèche. Cette opportunité de fermer le récipient s’est imposée car ce n’est plus tant de la graisse que l’on brûle mais de l’huile.
Au-delà de la forme la plus répandue, étant passés du tournage au moulage, les potiers de l’Antiquité ont fourni des lampes avec une grande variété de formes : des aménagements pour la préhension, un panneau vertical pour la réflexion. Parfois sur les grands réservoirs, il peut y avoir deux ou trois becs.
Parallèlement, les chandelles vont connaître une utilisation plus discrète pour l’histoire. Elle se consume et disparaît.
Les bougies ne font pas concurrence à la lampe. Le prix d’une lampe et son entretien peuvent être un frein à son achat pour certains foyers qui restent fidèles à la bougie. Les suspensions portant bougies sont très présentes dans les intérieurs bourgeois du XIXè siècle. L’usage et le statut de l’usager d’une lampe ou d’une bougie sont indifférents au lieu qu’elles éclairent et qui elles éclairent. Dans cet ensemble complexe, l’une et l’autre sont complémentaires au sein d’une même maison. Le décor des candélabres et des suspensions font le lien entre les lumières et les conditions de vie des habitants.
La lampe à pétrole est imaginée sur le modèle de la lampe à huile. Elle apparaît vers 1853. Son principe est simple, un réservoir surmonté d’une mèche et d’un tube de verre qui protège la flamme. Le pétrole lampant possède une fluidité parfaite pour remonter avec aisance par la mèche sur une dizaine de centimètres. Cette fluidité rend la flamme plastique. C’est-à-dire que l’on peut facilement régler son intensité pour augmenter ou abaisser la lumière. L’immense avantage de la lampe à pétrole sur toutes les autres sources de lumières artificielles est son prix de revient. Un modèle sera adapté pour en faire une lampe tempête, celle qu’on a toujours un grand plaisir à allumer lors des soirées dehors.
Aujourd’hui, on aime encore s’éclairer à la flamme. On place des bougies sur la table des fêtes de fin d’année, on installe de grandes torches dans le jardin et la lampe tempête reste dans l’idéal de la soirée sur la plage et du campement en toile de tente. Nos imaginaires sont nourris de ce temps pas si lointain où les zones rurales après-guerre n’étaient pas toutes raccordées à l’électricité. Cette nostalgie de la soirée autour du feu de cheminée ne doit pas nous faire oublier que pour ceux qui travaillaient la terre et s’occupaient des bêtes, l’arrivée de l’électricité a été un énorme progrès et un nette amélioration de leurs conditions de travail.
