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Les femmes en science

Longtemps on a prêté aux femmes des qualités cérébrales plus propres aux choses de la vie, à l’organisation, aux questions sociales, notamment celle qui touchent aux enfants. Longtemps on a cru que les domaines d’ordre plus scientifiques où la mobilisation des « méninges » était si extrême que le cerveau d’une femme n’avait pas les qualités nécessaires. Ou bien alors que ces aptitudes ne pouvaient être généralisées, ou bien encore que cela relevait de la sorcellerie. Le doute a souvent présidé, trop souvent.
Alors, présente ou pas ? Apte ou non ?

On peut raisonnablement dire que la présence des femmes dans les domaines scientifiques est attestée en tout temps et en tout lieu. Même si parfois les sources sont indirectes. Des auteurs en font mention un ou deux siècles plus tard et parfois la tradition orale transmet le témoin de génération en génération. Parfois encore, des recherches font basculer le personnage dans une version plus mythique que réelle comme pour Méryt-Path en Egypte, vers 2700 ans av. J.-C. Elle a longtemps été considérée comme la plus ancienne femme médecin connue.

Hildegard von Bingen

Sur les questions de santé, l’Europe Médiévale a gardé la trace de nombreuses femmes. Hildegard von Bingen est très connue des mélomanes, notamment par ceux qui écoutent de la musique ancienne et/ou sacrée. Mais elle est également répertoriée parmi les femmes qui ont travaillé sur la question médicale au travers d’ouvrages de description de plantes et des remèdes associés. L’Italie ou l’Allemagne, à la fin du Moyen-Âge, constituaient des listes de femmes chirurgiennes dont il est avéré qu’elles ne s’employaient pas à être des accoucheuses. L’une d’elles, Trotula, avait à cœur d’apporter toute sorte de remèdes et de procédés cosmétiques concernant la sexualité et la fertilité des femmes de Lombardie, particulièrement parce que leur vie familiale et sociale en dépendait.

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Astronomie, physique, mathématiques

Dans les périodes anciennes, comme l’Antiquité, il est courant de voir associées plusieurs spécialités les unes aux autres. C’est le cas des mathématiques, de l’astrologie et de la philosophie. Comme si l’observation du ciel, étudié depuis des temps immémoriaux, et traduite en équations, était le paradigme des questions existentielles. Paradigme encore développé à l’époque Moderne par le philosophe et mathématicien allemand Leibniz qui voulait traduire toutes les questions du Monde en équation.

Hypatie d’Alexandrie au IV siècle ap. J.-C. avait cette triple compétence. Sa vie est extrêmement documentée et elle est reconnue comme une très grande commentatrice des textes étudiés à cette période. On lui attribue également des travaux de recherche astronomique.

Question de botanique

Pour développer leur carrière, les femmes botanistes ont dû attendre d’être autorisées à s’inscrire à l’université et accéder à la reconnaissance et à l’édition de leurs travaux. Carrie Derrick fut la première femme à enseigner la botanique dans une université au Canada en 1912.

La médecine et/ou l’appartenance à une vie de contemplation, dans un couvent par exemple, sont des ressorts qui ont mené des femmes vers la description, le classement et la mise en évidence des vertus des plantes. Au Moyen-Âge, l’attrait pour les questions médicales était essentiel. Les femmes en charge de la santé du foyer avaient une connaissance basée sur l’observation et se transmettaient de génération en génération les propriétés et les usages des plantes. Les ouvrages édités à l’époque ne suivent pas une construction scientifique « moderne » , mais Hildegard von Bingen, auteure d’un ouvrage de descriptions des plantes et de leurs vertus, a tout de même eu la volonté d’y mettre une certaine rigueur. Cela la classe parmi les femmes médecin de renommée. Aux périodes plus modernes, les aspects stricts de la description et de la représentation botaniques vont se développer indépendamment des vertus des plantes. Le botaniste n’est plus forcément associé au domaine de la santé.

Les femmes du XVIIIè siècle, et ce malgré un attrait réel pour cette discipline, ne vont avoir qu’un accès très restreint aux ouvrages de botanique et seulement au travers de la vulgarisation qui leur est spécialement « adaptée ». Les publications scientifiques restent essentiellement masculines et préservées de toute publicité envers les femmes.

Si Jeanne Barret, qui vivait en France dans la seconde moitié du XVIII siècle, fait exception à la règle, c’est grâce à son mari, naturaliste et explorateur, qui la prend comme assistant. Travesti en homme, c’est le moyen qu’il a trouvé pour la faire admettre sur le bateau où il embarque pour un tour du monde. Durant ce voyage, elle collectera quelques 5000 espèces différentes. On reconnaît à Jeanne Barret la découverte sur le territoire français de plus de 300 variétés de plantes.

Shirley Ann Jackson w:en:Creative Commons
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XXè siècle prometteur ? Le siècle de la « première femme à avoir »
  • 1902, Hertha Ayrton, première femme à être proposée à la Royal Society, proposition rejetée
  • 1903, Marie Curie, première femme prix Nobel
  • 1923, Margarethe von Wrangell, première femme professeure titulaire dans une université allemande
  • 1946, Elisabeth Boselli, première femme pilote de chasse en France
  • 1963, Valentina Terechkova, première femme dans l’espace
  • 1964, Nicole Laroche, première femme à intégrer les Arts et Métiers
  • 1973, Shirley Ann Jackson, première femme afro-américaine docteure du MIT en physique nucléaire
  • 1979, Yvonne Choquet-Bruhat, première femme élue à l’Académie des sciences
  • 1980, Marguerite Yourcenar, première femme élue à l’Académie Française
  • 2014, Maryam Mirzakhani, première femme récipiendaire de la médaille Fields
Matilda Joslyn Gage | 19th century photograph, Public domain, via Wikimedia Commons
L’effet Matilda

Cet effet se résume de manière simple, il définit la spoliation par des hommes, des découvertes scientifiques réalisées par des femmes. Ainsi nommé Matilda, en référence à Matilda Joslyn Gage, militante féministe dans l’Amérique du XIXè siècle qui avait noté l’habitude des hommes à s’attribuer les succès des autres.

Le phénomène, bien qu’identifié dans les années 60, connait une réalité sociologique depuis plusieurs siècles. Margaret W. Rossiter, théoricienne du phénomène, a repéré qu’au Moyen-Âge déjà, on pouvait jeter le discrédit sur les qualités scientifiques d’une femme, quitte à s’attribuer les lauriers de la découverte en cas de vérité révélée. Une femme médecin, Trotula, qui exerçait et enseignait la médecine à Salerne au XIè siècle, avait rédigé plusieurs ouvrages. Longtemps considérés comme des écrits de référence dans les siècles suivants, ils étaient systématiquement attribués à des hommes considérant qu’une femme ne pouvait être à l’origine d’une production scientifique de cette ampleur.

Image par Robin Higgins de Pixabay
Et aujourd’hui ?

Notre bon XXè siècle et son cortège de découvertes scientifiques dans des domaines aussi pointus que le nucléaire, la génétique, la géophysique, la médecine ou la physique des particules, a emboité le pas des siècles précédents, toute gloire étant bonne à prendre. Sur la page Wikipedia dédiée à l’effet Matilda, il est dénombré huit prix Nobel injustement attribués à des hommes et niant totalement l’existence préalable des travaux réalisés par des femmes à l’origine des recherches ainsi couronnées. La sagacité et la pérennité de leurs carrières ont mis au jour leurs implications, mais combien sont restées dans l’ombre d’une prestigieuse reconnaissance, combien voient la qualité de leurs travaux et leurs reconnaissances minimisées dans des laboratoires dont il ne sort aucun prix Nobel ni aucune récompense ?

Image par Engin Akyurt de Pixabay
Pour aller plus loin
  • Femmes et sciences : Fondée en 2000, Femmes & Sciences est une association loi de 1901 qui regroupe actuellement plus de 350 membres.
  • Place des femmes en sciences : Les contributions des femmes à la science sont recensées depuis les débuts de l’histoire.
  • Effet Matilda : L’effet Matilda désigne le déni ou la minimisation récurrente et systémique de la contribution des femmes scientifiques à la recherche, dont le travail est souvent attribué à leurs collègues masculins.
  • Margaret W. Rossiter : Margaret W. RossiterMargaret W. Rossiter (née en juillet 1944) est une historienne des sciences et professeure américaine.
  • École de médecine de Salerne : Historiquement, l’école de médecine de Salerne (ou Schola Medica Salernitana) sur la zone côtière du Mezzogiorno, est non seulement la première école de médecine fondée en Europe au Moyen Âge (vers le IXe siècle), mais encore l’une des plus importantes (apogée au XIe siècle et xXIIe siècle).
  • France Culture : Sciences : les femmes toujours très sous-représentées en France.
  • CNRS, Le Journal : Femmes de science : Dans ce dossier, (re)découvrez les parcours et les travaux de chercheuses, ingénieures et techniciennes d’exception, dans des domaines aussi variés que les mathématiques, l’histoire, la biologie ou la physique.
  • Méryt-Ptah : Méryt-Ptah (« Aimée du Dieu Ptah ») était considérée comme un médecin de l’Égypte antique de l’âge du bronze.
  • Trotula de Salerne : Trotula de Salerne (? – 1097), ou Trotula de Ruggiero1 (ou encore Trota, Trottula, Trocta ou Troctula), est une médecienne et chirurgienne du Moyen-Âge.
  • Hildegarde de Bingen : Hildegarde de Bingen (en allemand : Hildegard von Bingen), née en 1098 à Bermersheim vor der Höhe près d’Alzey (Hesse rhénane) et morte le 17 septembre 1179 à Rupertsberg (près de Bingen), est une religieuse bénédictine mystique, compositrice et femme de lettres franconienne, sainte de l’Église catholique du xXIIe siècle.
  • Hypatie : Hypatie (Ὑπατία, née entre 355 et 370 selon les sources et assassinée par des chrétiens en 415) est une philosophe néoplatonicienne, astronome et mathématicienne grecque d’Alexandrie.