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L’art de vivre aux temps des Lumières

L’ambiance austère qui régnait à la cour de Versailles pendant les dernières années de vie de Louis XIV, n’a pas convenu à tous les courtisans. Beaucoup ont quitté le palais dont l’étiquette et le poids des protocoles ne leur étaient plus supportables.

Pour vivre hors de la cour, ces nobles font construire des hôtels particuliers dans Paris et des maisons de plaisance à la campagne avec plus de fantaisies dans la forme et dans la manière d’y habiter. Ces maisons portaient le doux nom de vide-bouteille ou maison aux champs.

Le bâtiment correspond à ce nouvel art de vivre et à un nouvel art de bâtir. Beaucoup d’ouvrages ont été édités à cette période pour guider les constructeurs et les propriétaires à faire les meilleurs choix. Tout avait changé, les mœurs, bien sûr et surtout l’habitabilité des lieux de vie.

Les ouvrages insistent sur la nécessité de faire appel à ce que l’on nommerait aujourd’hui un maître d’œuvre. Sa fonction consiste à construire le bâtiment comme un programme avec un parti général et le recrutement de collaborateurs et d’ouvriers qui doivent être particulièrement qualifiés pour répondre aux exigences du programme.

La rocaille, un décor de coquillages de feuilles d’acanthe

Zairon, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

De façon très répandue, on remarque la lumière dans les nouveaux décors à la mode, la présence des jaunes, des blancs et des motifs de résilles qui soutiennent des sujets exotiques. Le style rocaille est une forme parfois très exubérante qui puise sa source dans une sorte d’assemblages de roches et de coquillages qui formaient de fausses grottes et ornaient les bassins et les fontaines dans les jardins de Versailles. La décoration intérieure développée sur le thème de la rocaille utilise à loisir le coquillage avec des contours totalement revisités.

Le programme des décors comporte des formes plus légères et des couleurs plus claires qu’au siècle précédent, les lignes sont des courbes moins heurtées.

L’ornement porte en lui la sociologie du lieu, de son propriétaire et des idéaux qui ont présidé à l’édification du bâtiment. Au XVIIIè siècle, les voyageurs, les explorateurs, les intellectuels, les femmes et les hommes de science ont un but commun : renseigner tout ce qui peut l’être. Cela va du dessin à l’article d’encyclopédie. Les décors englobent ce nouvel état d’esprit et ce nouveau rapport au monde. Les voyageurs au long cours ramènent dans leur bagage l’exotisme des « terres inconnues », des civilisations considérées comme singulières serviront pour illustrer des comportements des classes privilégiées. Les singeries en sont un parfait exemple. Les sujets sont souvent déployées grâces à des grotesques qui restent une valeur sûre et dont la légèreté correspond parfaitement à la nouvelle mode.





Coquillages et crustacés pour une rocaille du meilleur goût

La coquille et les coquillages en général sont extrêmement recherchés. On range et on classe des coquillages dans des tiroirs et on place des ornements de coquilles un peu partout dans les décors portés.

Concernant l’ornement, la coquille emporte donc la mise. Arrivée avec la Renaissance, on lui trouve une forme en harmonie, une beauté indiscutable. Adaptable, elle se répand pour apporter cette touche de modernité qui place le bâtiment dans un ensemble cohérent où l’ornement sert l’architecture et inversement.

Les lignes sont flexibles, elles ondulent mais leur lisibilité est impérative. Le décor de coquillage est souvent une inspiration très libre de la forme de l’animal marin. On lui prête souvent les attributs de la pieuvre qui s’enroule, se déroule et s’enroule encore autour des miroirs, des pieds de meubles, des encadrements de chinoiseries comme au château de Chantilly. Le décor peint de la Grande Singerie est très emblématique de ce que peut être un décor de rocaille. Les couleurs sont très claires, la résille est dorée. Les scènes représentent des singes qui imitent les humains dans leurs activités. Les panneaux peints sont encadrés par les rocailles ou le coquillage n’est pas toujours fidèle mais plutôt conforme aux enroulements et aux ondulations qui dynamisent tout le décor. C’est précieux et léger à la fois, le côté sérieux et emphatique est totalement évacué.

L’art de vivre dans ces nouveaux décors

La grande distribution

Jusqu’au XVIIè siècle, les organes de distributions sont les escaliers. Pour les escaliers en vis, la distribution est le plus souvent directe, pour les escaliers droits, il existe des paliers plus ou moins développés pour passer de la cage à la pièce de vie. Et les pièces sont dites en enfilade, parfois trois, quatre, cinq pièces se suivent et il faut passer par chacune pour atteindre la chambre qui nous intéresse. Au cours du Grand Siècle, les couloirs commencent à faire leur apparition. C’est-à-dire que dès le rez-de-chaussée, on entre dans un vestibule qui contient l’escalier. Puis il ouvre par une ou plusieurs portes sur les différentes pièces du rez-de-chaussée. La mise en place de vestibules, de couloirs, d’alcôves permet à un espace de se scinder en plusieurs zones, celles qui restent publiques ou communes et celles qui se dérobent à la vue de ceux qui n’ont pas à s’y trouver.

Au XVIIIè siècle, va se généraliser la distribution des pièces par un couloir. On reconnaît des fonctions différentes par pièce, une pour manger, une pour dormir, une pour recevoir, une pour travailler. Il s’opère un basculement des espaces publics/privés en faveur du privé qui fait la part belle à la famille et à l’intimité. Comme de nos jours, les espaces publics sont accessibles directement depuis l’entrée et les espaces les plus privés sont retranchés loin de la vue des visiteurs. La notion de confort s’entend par des pièces de vie plus petites et plus faciles à chauffer ainsi que la prise en compte d’un nouveau principe, l’intimité. D’une manière générale, les espaces se rétrécissent. Pour les bâtiments édifiés aux périodes précédentes, on cloisonne et plafonne à tout va. C’est à la mode, ça démultiplie les pièces de vie, ça les rend plus cosys et faciles à chauffer.

On ne reçoit plus dans sa chambre, on n’y mange plus non plus. On invente la salle à manger, on fixe la table qui n’est plus seulement faite de planches sur des tréteaux, les plateaux s’arrondissent pour plus de convivialité. On crée des lieux pour manger, dormir, discuter, se voir, se laver, passer d’un espace à un autre, travailler, jouer aux cartes, lire.

Louis XV ne pratique plus les repas comme le faisait Louis XIV. Il préfère passer ses soirées dans les pavillons avec ses amis. Ils sont peu, s’amusent beaucoup, boivent beaucoup aussi. Louis XV qui aime cuisiner prépare régulièrement les repas servis dans ces folies.

Et pour la noblesse, passer à table, revêt de moins en moins un statut solennel ; les mœurs tendent plutôt à voir ce moment comme celui pendant lequel se rassemble la famille pour se nourrir d’abord, et ensuite, vivre un moment d’intimité avec parfois des amis ou des membres de la famille.

Intimité

Pendant le Grand siècle, le roi était un personnage public de tout moment, ou presque. S’appartenir à soi n’avait aucun sens. Dès lors qu’on était venu sur terre, on appartenait à Dieu en premier lieu, puis à tous ensuite. Par la charge, le travail à accomplir, le dessein qui était le nôtre, on ne pouvait pas s’échapper de son monde et encore moins de la présence physique de tous ceux qui le composaient. L’intimité n’y avait ni de sens ni de valeur.

L’arrivée du boudoir et du cabinet sont très révélateurs de cette révolution. Ce ne sont ni une chambre à coucher, ni seulement un salon. En fait il s’agit d’un espace de détente, de retrait, où seuls les plus intimes peuvent pénétrer ; et cette nuance prend un certain sens dans une société ou le libertinage est, pour certains, élevé en art de vivre. D’ailleurs le boudoir, symbole de l’intimité, porte jusque dans son nom cette notion d’intimité puisqu’au sens figuré bouder signifie que l’on se met à l’écart.

Jean-Honoré Fragonard, Le Verrou

La peinture de genre s’empare de scènes de la vie quotidienne justement illustrer la vie intimes des bourgeois et de la noblesse. Bien qu’idéalisée, elle montre avant tout ce que sont les inspirations du moment à propos de l’intimité. Dans sa peinture Le Verrou, Fragonard, au-delà d’une probable scène de libertinage, explique que l’acte sexuel est un des moments les plus intimes parmi les intimes au point qu’il ne faut laisser entrer personne, on en interdit l’entrée.

L’intimité comporte deux mouvements, celui de rejeter à l’extérieur certains et d’accepter à l’intérieur d’autres. Par exemple, les odeurs de l’autre ne sont plus tolérées comme avant. On tente aussi de nettoyer mieux son environnement pour moins subir les conséquences de la proximité voire de la promiscuité. Les médecins recommandent enfin d’utiliser de l’eau pour chasser les miasmes.

Au cours de ce siècle, les individus des classes privilégiées changent de paradigme dans leurs rapports avec leurs congénères. On met en place une graduation dans ce qui peut être montré et ce qui reste dans le domaine privé. Mais pour cela, il faut avoir de l’espace et tous n’en ont pas. Dans ne nouveau rapport à l’autre il y a autant de nuances que la disposition matériel le permet. Et quand bien même, on aurait le volume pour s’étaler dans son logis, l’architecture rurale nous montre qu’il n’en ait rien.

Pour aller plus loin

  • Comment vivait-on au XVIIIè siècle ?   lire ici
  • L’art de vivre au XVIIIè siècle :  lire ici
  • À la recherche des prémices d’une culture de l’intime : lire ici
  • L’amour au Siècle des Lumières : lire ici
  • La vie matérielle de la noblesse entre le « Grand Siècle » et le siècle des Lumières : Une lecture des différenciations sociales au sein du second ordre : lire ici
Nicolas Lavreince, Jeune femme et sa toilette

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Les inventions au Siècle des Lumières

La Mort de Louis XIV, en 1715, marque un coup d’arrêt à des décennies d’un pouvoir basé sur l’absolutisme. Le Roi Soleil entendait régner seul ou presque. La fin du règne est marquée par des guerres de religion, des batailles perdues décimant l’armée, des famines et un système de prise de décision tellement centralisé que nul n’en comprenait le sens, et que les plus pauvres, en tête, enduraient sans grand espoir.

Au XVIIIè siècle, le changement était en germe. Des philosophes, des génies de la techniques, des scientifiques, des auteurs de théâtre, des courants politiques nouveaux commencent à se faire entendre. Tous n’auront pas accès à ces idées nouvelles, l’éducation n’étant réservée qu’à une élite, mais un grand pas va être franchi pour que justement, cette éducation, cette connaissance qui doivent se répandre permettent enfin au sens critique de chaque femme et de chaque homme de s’exprimer. Que les croyances et les superstitions cèdent la place à une forme de rationalité et à un accroissement de la connaissance du monde qui nous entoure. Ce siècle sera celui de la philosophie, de la science et de l’invention.

La fin de la Providence

Le XVIIIè siècle marque un tournant dans l’idée que Dieu intervient en tout. Que ce qui se passe ou ne se passe pas est le fait de Dieu.

A présent, les échecs, les défauts, les manquements ne doivent plus être considérés comme une volonté divine. Celle d’un dieu qu’on ne voit pas et qui ne s’explique jamais. Désormais, il est acquis que nos actions, nos  pensées, notre réflexion peuvent être la cause de ce qu’il advient. Pour le reste, on s’en tient à l’idée que le hasard doit en prendre sa part.

Newton (1643-1727) inscrit sa démarche dans l’idée qu’un concept mécanique est régi par les mathématiques auxquelles il ajoute le principe de gravité universelle. Anna Barbara Reinhart (1730-1793), dont les écrits ont été perdus, est une mathématicienne qui consacre un ouvrage entier aux commentaires de l’œuvre la plus connue de Newton Philosophiae Naturalis Principia Mathematica. Ce mode de pensée, par le raisonnement, qu’il soit mathématique ou philosophique met  « à la mode » ce que l’on nomme « l’esprit des Lumières ». Les encyclopédies vont s’organiser avec une table des matières, un classement par ordre alphabétique, des illustrationset des articles écrits par les experts ès-qualité.

L’invention comme jeu de l’esprit

Au XVIIIè siècle, l’Invention revêt un caractère politique ; L’invention fait partie intégrante du grand cortège des idées nouvelles, de la façon dont on organise une société et quels en sont les bénéficiaires. Sur ce point, il faut reconnaitre que pour nouvelle quelle soit, la société pensée par les Lumières n’a pas touché toutes les couches de la population. La Révolution tentera d’y remédier avec des ajustements, encore et encore. 

Un britannique, Thomas Newcomen, en 1712, reprend l’idée de la machine à faire le vide de Denis Papin (1647-1713) pour produire un énergie transformée en mouvement mécanique. Plus tard, un autre personnage viendra à son tour améliorer cette machine pour lui rajouter un bras qui lui-même transforme le mouvement rectiligne en mouvement rotatif. Ce principe sera employé dans les trains à vapeur pour faire tourner les roues ferroviaires

La chaise volante de la favorite, une invention de confort

femme en lévitation avec chaises volantes

Au château de Versailles, Blaise-Henri Arnoult travaille sur les machines de l’opéra. Louis XV lui commande d’installer une chaise volante dans les appartements de la favorite Marie-Anne de Mailly-Nesle. Son logement est au troisième étage et il lui plairait de moins s’épuiser à y grimper. le principe est simple. La duchesse s’assoie sur une chaise attachée à un poulie par un jeu de cordes. La chaise et la duchesse ont un poids de contre balancement à l’autre extrémité de la corde. Une fois installée sur la chaise, elle actionne elle-même le système en autonomie en faisant glisser le corde.

Emilie du Chatelet, la force vive

Emilie_Chatelet_portrait_by_Latour

Son nom est Gabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet. Enfant, elle étonne par la vivacité de son esprit et de son intelligence. Plus tard, elle aime à converser, elle aime aussi la philosophie et en particulier un philosophe. Sa liaison avec Voltaire durera quinze années. Son travail scientifique, au-delà de la traduction des ouvrages de Newton, ne fera pas d’elle une simple femme de science ou une « passeuse » mais une vraie scientifique. sur les travaux de Newton, notamment, elle relève que le travail est parfois incomplet en démontrant une autre équation pour décrire le principe de l’énergie cinétique : l’énergie est égale au produit de la masse par la vitesse au carré. Newton ne proposait pas la mise au carré du produit.

Laura Bassi invente l’inversion de la théorie du genre

Carlo Vandi, Public domain, via Wikimedia Commons

Tout comme Emilie du Chatelet, Laura Bassi est fortement influencée par les théories de Newton qu’elle enseigne en Italie. De la même façon, on remarque chez elle, alors encore une enfant, des qualités intellectuelles qui la portent vers les disciplines scientifiques en pleine expansion au XVIIIè siècle. Son père la fait entrer à l’université de Bologne, très réputée et ancienne de sept siècles. A vingt ans, elle est diplômée et rapidement elle  y exerce en tant que docteure en philosophie puis poursuit par une chaire de physique et de mathématiques.

Le destin qui donne à Laura Bassi la capacité d’inverser les genres opèrent au moins deux fois. L’une quand on comprend que son mari, également professeur dans cette même université et spécialiste des études menées sur l’électricité, deviendra son assistant. L’autre quand on comprend que parmi ses étudiants se trouve Allessandro Volta.

Emilie du Chatelet, un temps, étudiante à l’université de Bologne, était un de ses plus ferventes admiratrices.

Des inventions en pagaille

  • Le thermomètre au mercure
  • Le principe du paratonnerre
  • Le bateau à vapeur
  • La boîte de conserve selon le procédé d’Apper
  • La montgolfière
  • La vaccination
  • La tour de Chappe
  • Agnes Arber : première femme botaniste élue membre de la Royal Society
  • Jane Colden, au XVIIIè siècle, femme naturaliste à New -York, arrête cette activité sitôt mariée.
  • Emilia Anikina, botaniste ukrainienne du XXè siècle, découvreuse de blés
  • Marie-Anne Libert, botaniste belge du XIXè siècle, elle identifie le mildiou
  • Marion Delf-Smith, Membre de la Linnean Society of London

Pour aller plus loin