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Une histoire pour Noël – 1

 
 

 

L’aventure du pilote| Episode 1

par Anatole Le Braz ((1859-1926)

C’était dans la maison des Menguy, située là- haut, sur la croupe accidentée des Crec’h1en bordure de la mer. On devisait au coin du feu, et, comme Noël approchait, la conversation, laissant les menues nouvelles locales, tourna vers les merveilles de la nuit sainte. Chacun raconta son propos ; seul, le pilote Cloarec, venu en voisin, gardait le silence, la pipe aux dents. Sous ses épais sourcils en broussailles, son petit oeil bleu, noyé d’un vague embrun, semblait regarder le déroulement intérieur de quelque procession de souvenirs. Qui saura jamais la richesse de ces frustes mémoires bretonnes, si pleines de choses inexprimées !

« Çà, fis-je, vous, Cloarec, qui ne dites rien, gageons que vous avez en magasin des histoires étonnantes qui ne demandent qu’à sortir. »

Il hocha sa tête frisée, où les volutes de ses mèches grises floconnaient ainsi qu’une toison. Sa face, cuite et recuite par la salure du vent marin, de rouge brique qu’elle était, devint rouge feu, et ce fut d’une voix embarrassée qu’il balbutia :

« Des histoires comme celle qui me revient, il n’y a pas de quoi s’en vanter.

– Raison de plus pour la dire, insinua l’aîné des fils Menguy. Vous ferez un acte d’humilité ; ça vous gagnera des indulgences, pilote. »

Le vieux, après une courte hésitation, se décida brusquement.

« Aussi bien, déclara-t-il, mon aventure pourra vous servir de leçon à vous autres, jeunes mécréants : elle vous montrera qu’il n’est jamais bon de mépriser l’expérience des anciens. »

Il ôta sa pipe de sa bouche, en secoua religieusement la cendre sur son pouce, passa le revers de sa main sous son nez, en reniflant avec force, et commença en breton.

Photo by Biscarotte on Foter.com / CC BY-SA

I

– L’expérience des anciens !… J’avais alors à peu près ton âge, Jean Menguy ; comme toi, je rentrais du service à l’État, et, comme toi encore sans doute, je pensais : « Les anciens, ça n’est que des radoteurs. » C’est ainsi que, cet hiver-là, mon père m’ayant déconseillé de partir pour la pêche au large des îles, sous prétexte que c’était veille de Noël, je lui répondis :

« Veille de Noël ou non, que vous veniez ou que vous ne veniez pas, les vents sont noroît, il fait temps béni pour le turbot; moi, j’embarque. »

Et c’est vrai que le temps était le plus favorable que l’on pût souhaiter : un ciel légèrement couvert, une brise pas trop froide et même presque tiédie, une mer grise et douce, à houles larges, sans clapotis. J’avais d’autant plus désir d’en profiter que, de toute la semaine précédente, il n’y avait pas eu moyen de mettre les filets dehors, à cause de la brume, une brume épaisse comme à Islande, qui avait fait une espèce de demi-nuit, pendant six jours consécutifs. Mon père dut confesser lui-même qu’il faudrait peut-être attendre les premiers soleils de mars avant de retrouver aubaine pareille pour la quête du poisson fin.

« C’est égal, dit-il. Tu risques de perdre ton âme : à ta place, moi, j’aimerais mieux perdre ma pêche. »

Je ripostai :

« Où donc est le commandement de Dieu ou de l’Église qui défend de gagner son pain la veille de Noël ? Est-ce qu’il ne faut pas manger ce jour-là comme les autres jours ?

– Tu fais le beau raisonneur, reprit-il. Moi, je crois ce qu’on m’a toujours dit : à savoir, que la nuit de Noël, à partir de minuit, appartient à Dieu. Et es-tu sûr qu’à minuit tu ne seras pas encore sur les lieux de pêche ?
– Je serai où je pourrai.
– À ton gré. Je t’ai averti. Le reste te regarde : tu as l’âge de raison… Un dernier conseil, pourtant. Si, à certain moment, tu remarques quelque chose de bizarre à bord, hale au plus vite l’ancre, dresse sa croix dans l’air au bout de tes poings, et, ayant fait agenouiller tes hommes, entonne le chant de Nédélek2. »

Je haussai ironiquement les épaules et pris, pour me rendre au port, le chemin des Crec’h, afin de prévenir les hommes de l’équipage qu’on allait embarquer. Ils étaient cinq, tous des lascars de mon espèce, et plus préoccupés de faire bouillir la marmite quotidienne en ce monde-ci que de s’assurer leur part de paradis en l’autre. Je pourrais les appeler en témoignage, car ils sont encore vivants, à l’exception du mousse, le petit Dudored, mort il y a une vingtaine d’années, de la fièvre jaune, à Montevideo. C’étaient Pierre et René Balanec, de Roc’h-Vrân, Louis Rudono, du Cosquer, et Gonéry Mezcam, de Kerampoullou. Ils m’eurent bientôt rejoint à la cale, leurs sabots-bottes aux pieds et le suroît noué sous le menton. Dix minutes plus tard nous voguions à toutes voiles, faisant cap vers les Sept-Îles.

La brise donnait bien. C’était plaisir d’aller. Il n’y avait, du reste, que nous de sortis. Les autres bateaux dormaient sur le flanc, tirés à sec derrière le môle.

« Tas de flâneurs ! dit Pierre Balanec, en montrant du doigt des groupes de pêcheurs perchés, les bras croisés, sur le glacis de l’ancienne batterie. Ça n’a pas, peut-être, dix sous chez soi pour faire la Noël, et ça fainéante aujourd’hui pour se préparer à nocer demain.

– Oui, continua Rudono sur le même ton, et c’est à nous qu’ils demanderont de les régaler, à l’issue de la grand-messe, par-dessus le marché ! »

Je leur contai le colloque que j’avais eu avec mon père.

« Peuh ! des idées de vieilles femmes ! » s’écrièrent-ils en choeur.

Dudored, cependant, qui changeait l’écoute de foc pour la seconde bordée, risqua d’une voix timide :

« Il y a une chose qui est sûre : le mari de ma grand-mère s’est perdu par un soir pareil, entre minuit et une heure du matin.

– Le mari de ta grand-mère, c’était peut-être bien ton grand-père, farceur ! » s’écria Gonéry Mezcam en éclatant de rire.

Et l’on parla d’autre chose.

Image par Free-Photos de Pixabay 

Une fois dans les eaux de l’île aux Moines, nous commençâmes à pêcher, et chacun fut à sa besogne. Mais, contre nos prévisions, le poisson remontait peu. Nous avions compté sur la douceur du temps pour l’attirer, mais il ne se pressait pas, demeurait blotti dans les fonds. Au bout d’une heure ou deux d’attente, un des hommes, je ne sais plus lequel, proposa de gagner plus au large.

« Allons ! » fis-je.

La manoeuvre était bonne : nous ne fûmes pas plus tôt au vent des îles qu’à chaque coup de filet nous ramenâmes quelque chose.

« Ça va bien ! » disaient les camarades.

Nous étions maintenant tout à la gaillarde joie du travail qui apporte avec lui son profit. Une ardeur fiévreuse nous animait : c’était comme si nous nous fussions juré de vider les entrailles de la mer. Le mousse n’avait que le temps de tirer les belles pièces pour les mettre à l’abri dans les paniers.

« Attrape ça, morveux », lui criait-on, en lui lançant dans les jambes quelque turbot tout palpitant.

Ou bien encore :

« Est-ce qu’il en pêchait de cette taille-là, le mari de ta grand-mère ? »

Et de rire, vous pensez ! Jamais nous n’avions été si gais. Les heures s’écoulaient sans que nous y prissions garde. Nous ne nous aperçûmes même pas que la lumière baissait : nous n’avions d’yeux que pour les grandes eaux couleur de vert-de-gris, qui soulevaient la barque par longues oscillations régulières et nous livraient libéralement leur provende. Seul, Dudored, dans les intervalles de moindre presse, glissait un regard vers les lointains déjà plus assombris. Il n’avait pas notre tranquillité, quoique – vous le verrez par la suite – il ne manquât pas de crânerie, le gamin ! L’approche du soir le tourmentait. Il fut d’abord sans oser en rien dire. À la fin il m’interpella :

« Je crois bien qu’il se fait tard, patron… Et ça sera dur, s’il faut rentrer avec jusant. »

Il avait raison : jusant et vent de noroît, tout serait contre nous, si nous ne nous dépêchions pas d’attraper la barre des Sept-Îles pendant que nous avions encore flot pour la franchir. Ce sont des courants terribles, vous savez, et qu’on ne passe pas comme on saute un talus. J’allais me ranger à l’avis de l’enfant et commander le départ. Mais les autres ne l’entendaient pas ainsi. Le démon du lucre était entré en eux et les possédait : plus ils avaient eu de poisson, plus ils en voulaient avoir. Ils protestèrent d’une seule voix.

« De quoi se mêle-t-il, ce veau mal sevré ! Est- ce qu’on lui demande l’heure qu’il est ?

– Non, répliquai-je, mais il faudrait peut-être l’écouter tout de même, quand il la donne. Voyez ! »

Et je leur désignai l’horizon de terre sur qui les masses d’ombre commençaient à tomber, annonçant la nuit.

« Bah ! bah ! Un dernier coup de filet, patron !… Rien qu’un. »

Ils étaient enragés, ma parole ! Et, pour dire la vérité vraie, je ne l’étais pas moins qu’eux, puisque, cependant, non seulement je ne m’opposai pas, mais donnai moi-même la main à ce coup de filet supplémentaire qui faillit être cause de notre perte… J’arrive au vilain moment de mon histoire : permettez que je rallume mon brûle-gueule, soit dit sans vous offenser.

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Une histoire pour Noël – 3

mer Bretagne
 
 

 

L’aventure du pilote | Episode 3

par Anatole Le Braz ((1859-1926)

L’épisode 2 est à lire ici

III

 

Image par Rudy and Peter Skitterians de Pixabay

Le vieux Cloarec cracha dans l’âtre, soupira, fit une pause qui nous parut longue.

– Vous ne voulez pas, au moins, nous signifier que vous êtes au bout de votre histoire ? protesta au nom de l’assistance Perrine Ourgam, la mère des Menguy.
– Je n’avais plus de salive, répondit assez durement le pilote.

Et il poursuivit :

– En drive !… Que faire ?… Nous n’avions plus qu’à laisser aller nos rames, n’est-ce pas ? et à nous laisser aller nous-mêmes où il plairait au sort de nous conduire. Car de lutter davantage pour essayer de franchir la barre, il n’y fallait pas songer. Ce devait être maintenant l’heure du jusant plein : les courants étaient nos maîtres. À quoi bon les contrarier inutilement ? Je fis amener les voiles.

« Après tout, dis-je par manière de consolation, si nous drivons, c’est vers la haute mer. Et nous y serons plus en sécurité que parmi les récifs pour attendre le retour du flot. Il n’est que de patienter. »

N’empêche que c’était un bon tiers de la nuit à passer au large, et qu’à supposer qu’il ne survînt aucune complication, nous ne serions jamais rentrés au port avant les approches du matin. La perspective n’avait rien de folâtre, surtout que le brouillard épaississait toujours son linceul.

Elle nous impressionnait, malgré nous, cette atmosphère étrange où nous glissions d’une allure d’ombres, plus semblables à des spectres qu’à des êtres vivants. Roulés dans nos cirés, la visière du suroît rabattue sur les yeux et les mains dans nos manches, nous nous tenions recroquevillés et muets. Car nous n’avions même plus d’entrain à causer, d’autant qu’on ne pouvait ouvrir la bouche sans avaler cette horrible fumée d’eau, qui sentait l’enfer. La brume, d’ailleurs, semblait avoir immobilisé toutes choses. Le bruit même de la mer s’était comme fondu. On eût dit que rien n’existait plus, qu’on flottait dans quelque océan de la mort.. Et c’était un silence… un silence !…

Combien de temps dérivâmes-nous ainsi, je ne saurais vous le marquer. Nous ne nous rendions pas plus compte de la durée que de quoi que ce fût au monde. La brume était en nous comme autour de nous : elle avait envahi notre esprit aussi bien que nos corps. Nous ne vivions plus qu’en songe.

Or tout à coup la voix du mousse héla, très faible :

« Patron !

– Quoi ? demandai-je en secouant à demi ma torpeur.
– Je ne sais pas comment cela se fait, mais le sûr, c’est que nous sommes un de plus à bord. »

Nous nous levâmes tous en sursaut.

« Qu’est-ce que tu chantes là ? » m’écriai-je, furieux et angoissé tout ensemble.

Mezcam ricana :

« Cet imbécile a la berlue.

– Dame ! comptez vous-même », répliqua l’enfant.

Je comptai… Et maintenant, croyez-moi ou ne me croyez point, mais il n’y avait pas à dire… au lieu de six que nous étions au départ, à cette heure nous étions sept. Dudored n’avait pas menti. Les autres, à tour de rôle, se mirent à recompter après moi :

« Oui, sept ! nous sommes bien sept à bord », déclarèrent-ils tous, avec un tremblement d’épouvante dans la voix.

Quel était ce septième ? Impossible de le reconnaître. Dans cette brume, toutes les silhouettes se ressemblaient, et, de vouloir distinguer les visages, c’eût été peine perdue.

« Faites l’appel comme au service, patron », conseilla Rudono.

J’appelai donc par rang d’âge, Pierre Balanec, d’abord, puis Gonéry Mezcam, puis Louis Rudono, puis René Balanec, puis Lommik Dudored. Au fur et à mesure, ils répondaient de toute la force de leurs poumons :

« Présent ! »

L’opération finie, Rudono s’écria :

« Celui qui n’a pas répondu, c’est celui que voici ! »

Son geste désignait quelqu’un qui se tenait adossé au mât. Il se précipita pour le saisir au collet ; mais il abaissa aussi vite le poing, car la voix de basse-taille du gros Balanec prononçait :

« Erreur ! c’est dans moi que tu as croché.

– Alors, c’est à n’y rien comprendre… »

Image par Free-Photos de Pixabay

Il y eut entre nous un silence plein d’indicible terreur. Nous restions debout, frémissants, n’osant nous regarder les uns les autres, par crainte que la silhouette sur qui s’arrêterait notre regard ne fût précisément celle du mystérieux inconnu. Mais soudain le mousse héla de nouveau :

« Patron ! »

Qu’allait-il m’apprendre ?

« L’arrière du bateau s’enfonce, continua-t-il. Le bordage est déjà presque au niveau de la mer. »

La même idée nous vint à tous : c’était évidemment le poids du septième, le poids du passager surnaturel, qui nous entraînait dans l’abîme. Je commandai néanmoins, pour tenter, si possible, d’alléger l’embarcation :

« Jetez tout ! »

Les paniers de poisson, il va sans dire, défilèrent les premiers. Puis chacun lança par-dessus bord tout ce qui se trouva sous la main. Ce fut un saccage. Le bateau cependant ne « soulageait » pas. Comme je cherchais à tâtons qu’est-ce qui pouvait bien rester dont on pût se débarrasser encore, mes doigts rencontrèrent le fer de l’ancre. Brusquement, les paroles de mon père, auxquelles, dans ma stupeur, je n’avais même pas eu la présence d’esprit de songer, se réveillèrent d’elles-mêmes au fond de ma mémoire.

« Holà ! criai-je, ne jetez plus ! »

Et, dressant au-dessus de mon front la croix de l’ancre, j’entonnai l’hymne de Nédélek :

Ebars eur gêr a C’halilé3

Les autres me dirent plus tard qu’en cet instant ils me crurent devenu fou, chose qui leur paraissait à la vérité d’autant plus explicable qu’ils sentaient, eux aussi, leur raison les abandonner.

« Le bateau remonte ! » cria Dudored, d’un accent joyeux, comme je reprenais haleine pour passer au second verset.

Tous, cette fois, d’un mouvement spontané, unirent leur voix à la mienne, le creux de Pierre Balanec retentissant avec un fracas de grandes orgues. Et ce fut une chance singulière, vous allez voir… Durant une pause, en effet, de là-haut, du fond de la brume, un appel descend :

« Ohé ! gare à l’accostage ! Lofez en douceur ! »

Qui a parlé ? Nous levons la tête. Un éclair rouge fauche le brouillard, presque immédiatement suivi d’un éclair blanc. C’était le Triagoz.

« Je distingue la tour du phare », articula Rudono, qui avait recouvré ses yeux de voyeur.

Vous devinez le reste. Contrairement à nos calculs, les courants, au lieu de nous entraîner au large, nous avaient fait driver vers les roches du Triagoz. Sous voiles, avec la moindre brise, nous nous fussions immanquablement broyés. Mais il n’y avait, je vous l’ai dit, ni lames ni vent ; de sorte que là où nous aurions pu trouver notre perte, nous trouvâmes le salut. Prévenus, nous accostâmes sans encombre. Le gardien de guet nous attendait sûr le seuil de la porte, un fanal à la main.

« Vous avez bien fait de hurler, nous dit-il ; si je ne vous avais pas entendus à temps, vous alliez dans les remous. »

À ce moment, des échos de sonneries de cloches lointaines tremblèrent dans le brouillard.

« Tiens ! la messe de minuit à terre », reprit l’homme du phare.

Licence CC-BY-SA

Nous nous découvrîmes en nous signant.

Et le pilote conclut :

–Voilà ce qui m’est arrivé. Le lendemain, nous rentrions au port, sur le coup de six heures, à la petite aube, sans turbots. Mon père achevait de revêtir ses habits de fête. Il ne m’interrogea point, mais, à la confusion de ma mine, il se douta bien que j’étais à jamais guéri de la prétention d’en remontrer aux anciens.
– Et le septième, demandai-je, quand avait-il disparu et qui pensez-vous aujourd’hui que ce pût être ?

Le bonhomme inclina sa tête crépue et haussa ses vieilles épaules :

– Je vous ai dit ce que je savais ! fit-il en renfonçant ses petits yeux bleus, pleins de rêve, sous les grands sourcils embroussaillés.


FIN

 

 
 
 
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Vous avez dit Upcycling ?

 
 
Ballons de foot upcyclés
Un vieux ballon, une plante grasse, et hop, un jardin !
Image par karin_van_Duke de Pixabay

Je récupère, tu récupères, il récupère…..

Récupérer ce dont les autres ne veulent plus pour en faire un autre usage. Voilà le principe écologique de l’upcycling appelé aussi surcyclage

On imagine aisément que depuis la nuit préhistorique, les hominidés ont tiré de plus en plus profit des déchets de la taille des silex, des déchets des dépouilles animales, des déchets du foyer. Le statut de tout ce qui ne peut plus servir passe au statut de ce qui peut encore l’être. Une sorte de système écologique avant la lettre, une économie de survie, loin d’une tendance.
Oui mais servir à quoi ? Les déchets des dépouilles de gibier ont produit les peaux pour se protéger du froid, pour former des outres, les os pour servir de pendentifs ou de petits outils, les tendons pour servir de lien. Les déchets du foyer ont produit des charbons pour marquer des lieux, grimer des peaux.

Une bouteille au jardin
Une bouteille au jardin
Image par ReHaMan de Pixabay

Comme un besoin

Toute société, tout femme, tout homme connaît ce penchant commun à vouloir réutiliser un objet non plus pour le même usage mais pour un usage différent, le faisant passer d’un état de rebus à celui de matière première.
Paradoxalement, jeter ce qui ne sert plus n’a jamais cessé. Les dépôts d’objets au rebus, abandonnés, cassés, démodés, ceux qui ne font plus envie pour une raison ou pour une autre ont toujours existé. C’est d’abord la raison pour laquelle on les retrouve. Les archéologues adorent ces dépôts, ils en tirent tellement de renseignements et d’enseignements aussi. Montre-moi ta poubelle et je te dirai qui tu es ». Le challenge du poubellologue (personne qui étudie les poubelles) en toute société.

Trons d'arbre et travail au crochet
Une décoration qui allie nature et travail d’aiguilles
Image par Lenalensen de Pixabay

L’attrait de la nouveauté

Nos sociétés modernes sont très marquées par l’acquisition constante de produits neufs et de nouveautés. C’est un tourbillon dont il est difficile de se départir. En Europe, le volume des déchets produits, toute activité économique confondue, se compte en centaines de millions de tonnes.
La prise de conscience du volume de ces déchets et de leur valorisation est enclenchée depuis de plusieurs décennies. En France, la production sidérurgique est à 49% issue des ressources en déchets, cette part est de 67% dans la papeterie. (ADEME Déchets chiffres-clés Édition 2020).
Et c’est toute une branche d’économie circulaire qui pousse et se déploie. Le cycle de production et de traitement de l’objet en fin de vie est compris dans sa globalité.

 

lame de couteau
Quand une lame de ciseau devient un couteau
Atelier de la Gueule Noire

L’affaire de tous

L’artisanat et le commerce local ne sont pas en reste. Les recycleries collectent et remettent à la vente tout ce qui peut l’être, du matériau de construction à la petite cuillère en passant par le tissus, les meubles, les outils. C’est le temple des chineurs, des bricoleurs et celui des artisans qui se sont fait une spécialité de produire suivant le concept de l’upcycling.

 

 
 
 
Des robes Avec un bout d'guenille
Avec un bout d’guenille, on fait des vêtements

Upcycling

L’upcycling est un terme qui serait apparu il y moins de vingt ans, il définit l’idée de récupérer un déchet pour le transformer et produire tout autre chose avec une valeur supérieure. En français on dit aussi surcycler qui précise aussi la notion de valeur ajoutée indispensable à la manœuvre.

Alors de vieux draps à fleurs deviennent des tuniques, des chambres à air se font besaces, des pneus de vélo se découpent en ceinture, des palettes se posent en salon de jardin, des ciseaux s’aiguisent en couteau, des objets de brocante se parent de lumière.
Et c’est très tendance parce que c’est écologique et que les objets produits sont toujours assez singuliers.